Des hommes

Petite intro

Cette page se veut être un franc et rieur pied-de-nez à mes news du 5 et du 13 novembre 2006, parce qu'heureusement, système mis à part, les humains sont fantastiques, tout simplement divins, toujours, si on les regarde bien, là, bien en face, comme ça, sans jugement, à l'écoute et le coeur grand ouvert... Parce qu'en fait, ce que cette foutue vie peut-être simple, en fait. Juste pour ça.

Une petite dame et sa petite-fille aux allentours de la Mosquée Saoudienne

Début de soirée, l'atmosphère est plein de neutralité, invite à l'amitié simple d'un souffle d'air tiède et de sons musicaux lointains. Mauritaniens en discussion aux abords de la Mosquée. Les taxis qui déambulent. Je marche. Une piste étroite et sableuse, une dame voilée, Maure, pauvre, que je croise habituellement le vendredi juste après l'appel à la prière, juste avant de commencer l'après-midi de travail, trouble mes rêveries. Ou plutôt sa petite-fille, qui, me reconnaissant de loin, vient à ma rencontre avec son sourire habituel et sa main tendue, habituelle elle aussi. Celle de sa grand-mère suit de près. Poignée de main à la fois douce et directe, d'une légère pression des doigts qui donne l'impression qu'un lien est définitivement scellé. Regard franc et acceuillant, un soupçon de reconnaissance, une quantité incroyable de retenue et, inévitablement : "Merci, merci, merci." Chaleureux, définitif et sans discussion possible. Mais qu'ai-je donc fait... Que dire. Rien. Apprécier, juste ça, pleinement. J'ai peur de rater quelque chose mais que faire... Cette vieille dame, son visage, son sourire, ceux de sa petite-fille, je ne les oublierai jamais. Mais qu'en faire. Tenter de les retransmettre un peu sur mon site, oui, pourquoi pas... Bon sang que je me sens maladroite, incomplète, imprécise. Un jour peut-être, un jour...

Les bus nouakchottois

16h. Le soleil tape. Pas un souffle d'air, pas même brûlant. Les lèvres souffrent. Les pieds crâment à travers les sandales. Je rentre du centre de formation où je viens d'installer des pcs neufs. Par amusement pour le décalage, j'ai gardé dans mon sac une étiquette plastifiée, jaune, qui prend soin de prévenir les utilisateurs des conséquences d'une mauvaise position devant le clavier. En jean, le sac en bandoulière, j'avance laborieusement dans les pistes ensablées. Des gamins rigolent et font des blagues incompréhensibles en me regardant. Pas beaucoup de toubabs à pieds dans ce quartier périphérique. Les taxis ne pensent même pas à klaxonner ; pour une fois qu'ils avaient leur chance... Un goudron, j'ai bien failli le rater, un vieux bus rouillé, j'ai même pas failli attendre... Entre 2 bonjours, souriants et vaguement moqueurs, ou simplement  interrogatifs, je demande si il va à Nouakchott, à coup de grands gestes en direction du centre ville. "Polyclinique" me répond-on avec les mêmes gestes. Ouf, le hassanya a intégré des mots français...

Le bus s'arrête, je grimpe à bord, me glissant entre 2 personnes qui voyagent debout sur le marche-pied de derrière, accrochés on ne sait comment à la carosserie. Il reste une place assise. Les 2 bancs qui se font face peuvent recevoir 5 ou 6 personnes, laissant à peine la place à quelques autres pour se tenir debout entre elles. Le vieux bus démarre. Les regards voltigent, les sourires s'esquissent. Je demande le prix à mes voisins. 40 ouguyas. Sachant qu'un euro fait environ 330 ouguyas... Pas étonnant qu'ils soient dans cet état, ces bus... Le chauffeur évite tant bien que mal les trous parfois immenses et profonds du goudron. Il se gare dans le sable au bord de la route quand quelqu'un veut monter ou descendre. Les gens payent à la descente, après avoir tapé contre la carosserie pour signifier leur intention. Les bancs sont rudes, les amortisseurs inexistants. Beaucoup de vieilles femmes. Quelques enfants. Des jeunes avec un panier, un seau ou un cahier, qui passent vite sur les genoux des  femmes pour laisser les mains s'accrocher aux poignées. L'entraide, la convivialité et l'honnêteté règnent. Et dire qu'on m'avait fortement déconseillé de le prendre, ce bus...

Je pense à ça, aux bons conseils sincères et prévenants, me berçant de l'état d'esprit sans arrière-pensée de mes compagnons de voyage, seulement préoccupée des nouveaux venus, des gens qui descendent, de ceux qui tentent une improbable communication. Dans ces moments je regrette amèrement de ne pas parler 3 mots de hassanya. Quelle honte... mes interlocuteurs sont au-dessus de ce genre de considérations. Je suis bien, là, à observer comment on vit vraiment en Mauritanie, merci de me permettre ça... merci. Encore quelques rêveries et je profite d'un arrêt pour sauter du bus ; 40 ouguyas au chauffeur qui sourit sous son haouli de chamelier, je prends les pistes du retour, retour vers une autre réalité, un autre monde, si proche pourtant, juste à quelques pas. Une étiquette jaune, plastifiée, recommence à peser lourd dans mon sac en bandoulière. C'est malin.

A l'hôpital national de Nouakchott, étage des Personnes Opérées

Mercredi, 13h. Diallo est là, dans son lit, il dort en surface, il se repose profondément. Henri et moi hésitons à le réveiller. Un jeune de sa famille l'appelle doucement. "Papa". Il ouvre les yeux, et, après un court moment, nous offre un grand, un immense sourire, le sourire mauritanien, franc, chaleureux, profondément heureux, mêlé d'une bonne dose de pudeur. Puis, immédiatement, arrive le "merci", lui aussi mauritanien, un "merci" qui va avec le sourire, plein de bonheur et de pudeur ; "Merci, ça fait plaisir...". Bon sang Diallo si vous saviez comme tout le plaisir est pour nous, de vous voir bien vivant et en pleine forme, là, sur ce lit... si vous saviez comme j'ai eu peur en voyant la voiture défoncée du mauvais côté, une peur qui, quand j'y repense, me fait encore sortir le coeur de la cage thoracique, à grand coup d'émotions nées de souvenirs d'une expérience vécue alliées à celles du profond respect que j'ai pour vous ; si vous saviez, vous nous laisseriez vous manifester cette joie à vous voir sourire comme ça... mais la pudeur et l'humilité méritent le plus grand respect, nous acceptons donc ces remerciements en silence, puisqu'il le faut...

"Sur le coup j'ai rien compris, j'ai cru que c'était un mur qui me tombait dessus. J'ai eu de la chance, pour une fois j'avais la ceinture, l'airbag a fonctionné. Même si on fait attention, pour les autres, pour soi, le destin est tracé, dès la naissance, on ne peut rien faire contre." Que répondre... Le destin, Dieu sans doute, a voulu qu'un camion percute sa voiture de plein fouet, il a voulu que Diallo s'en sorte avec une fracture du tibia. Que répondre... "Si on peut faire quoi que ce soit... des livres peut-être...". "Volontier, oui, je veux bien". 10 jours d'hospitalisation à prévoir pour l'opération qui aura sûrement lieu à Dakar, plusieurs mois d'immobilisation, ensuite seulement nous retrouverons notre impressionnant chef de projet du PSDN (Projet de Santé de Dar Naïm). Sacré destin. Remercions Dieu, oui, car ça aurait pu être bien pire...

Qui y a-t'il dans le train minéralier ?

amis du train minéralierDans le train minéralier, il y a des gens pas pressés, ni de partir, ni d'arriver.

Dans le train minéralier il y a un contrôleur implacable et compréhensif, au regard vif et heureux.

Dans le train minéralier il y a le préparateur de thé, bien équipé.

Dans le train minéralier il y a beaucoup de gens qui ne parlent pas français.

Dans le train minéralier il y a un jeune homme qui rentre dans sa famille après 5 ans d'études en France.

Dans le train minéralier il y a un groupe de Sahraouis-hommes d'affaires-gentlemen qui se planquent sous leur air patibulaire.

Dans le train minéralier il y a une femme tellement voilée qu'on ne voit que son regard, perçant et intrigué.

famille d'accueilDans le train minéralier il y a des gens qui se libèrent des places de repos à tour de rôle.

Dans le train minéralier il y a des militaires de la garde nationale qui prennent soin des passagers.

Dans le train minéralier il y a des vendeurs de glaces artisanales à l'eau en sachet plastique.

Dans le train minéralier il y a des femmes, mères ou jeunes filles, toujours accompagnées.

Dans le train minéralier il y a des gens entassés, assis dans les compartiments, debout dans les couloirs, vautrés sur les tas de minerais des wagons avant et arrière.

Dans le train minéralier, il y a des gens qui discutent, des gens qui traduisent, des gens qui chantent, des gens qui prient, des gens qui dorment, des gens qui négocient, des gens qui s'énervent, des gens qui apaisent, des gens qui distraient, des gens qui jouent.

Dans le train minéralier il y a des gens prêts à vous acceuillir dans leur famille dès l'arrivée à 6 heures du matin.

Dans le train minéralier il y a des gens pas aisés qui se cotisent pour payer le billet d'un ado en vadrouille.

Dans le train minéralier il y a quelques touristes perdus dans la foule qui observent tant qu'ils peuvent.

Dans le train minéralier il y eut, en avril 2006, une touriste française pas très grande qui pense encore souvent aux gens de ce train minéralier.