Mes news

25 août 2008 - News très tristes, un peu révoltées, si peu optimistes. Heureusement que la vie persiste. Et signe...

Petit retour en arrière.

3 août 2005 : coup d'état en Mauritanie contre la dictature de Maaouiya Ould Taya, qui dure depuis 20 ans. Le CMJD (Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie), avec à la tête Ely Ould Mohamed Vall, et en arrière-plan les principaux généraux, dont Mohamed Ould Abdelaziz, s'engage à organiser des élections démocratiques dans les 2 ans. Septicisme de tous les observateurs, en premier lieu desquels les Mauritaniens, qui n'osent pas y croire.

27 juin 2006 : adoption par référendum de la nouvelle constitution, qui entre autre limite le nombre de mandats présidentiels. Malgré une saturation des médias et même une publicité massive du CMJD pour inciter les gens à voter pour, tous les observateurs sont d'accord pour dire que le vote en lui-même était réglo.

3 décembre 2006 : élections législatives : cette fois le CMJD libère les médias, se contentant d'expliquer pourquoi il vaut mieux tenir ces législatives avant les présidentielles. Encore une fois le vote en lui-même est observé par beaucoup d'yeux, qui le valident. L'espoir commence à réveiller même les plus sceptiques qui ne voulaient pas participer à des présidentielles qui seraient amenées par les militaires. La communauté internationale applaudit.

25 mars 2007 : élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, un indépendant, donc sans parti, ni historique ni nouvellement créé, avec pour seuls soutiens d'autres indépendants ou des partis évincés au premier tour. Son adversaire : Ahmed Ould Daddah, chef de file du RFD, parti historiquement d'opposition. Les Mauritaniens ont massivement participé, et ont accompli leur devoir civique librement le jour du vote, d'après tous les observateurs, nationaux et internationaux, dans la capitale comme en brousse. Sur place on entend parler d'achats de voix à Nouakchott et, en brousse, de tractations politiques à grand renfort de promesses d'avenir radieux avec les chefs de tribus traditionnelles. Oui, mais le plus important c'est le geste, n'est-ce pas, le jour du vote et au-dessus de l'urne, qui lui est observé comme libre et effectué sans pression extérieure aucune. Soit. Sur place on remarque quand même (surtout les déçus du vote, bien sûr) que SidiOCA est élu par un vote de brousse, le Président choisi par les Nouakchottois étant sans contestation Ahmed Ould Daddah. Et, accessoirement, les bruits vont bont train pour dire que SidiOCA est le candidat du CMJD, même si celui-ci s'en défend avec démenti définitif du chef Ely. D'ailleurs aucun membre du CMJD n'a jamais déclaré officiellement un soutien pour un quelconque candidat. Ok. Elections démocratiques, donc. La communauté internationale est enchantée, Ely Ould Mohamed Vall, qui a tenu sa double-promesse de mener des élections démocratiques et de ne pas se présenter, est ensensé et a désormais internationalement l'image d'un sage. La Mauritanie est à ce moment-là, pour les pays occidentaux avident de démocratie, un modèle à côté de nombreux autres pays africains subissant encore une dictature.

... mais tout cela a-t'il finalement une quelconque importance ? ...

avril 2007 : SidiOCA forme son gouvernement, qui se veut à la fois dépourvu des membres de l'ancienne dictature et représentatif des résultats des élections.

jusqu'en avril 2008 : le gouvernement se démène comme il peut, il a contre lui le contexte international (terroriste et économique) et ... le propre parti du Président créé peu de temps avant et dont le but initial était évidemment de le soutenir, de le renforcer.

jusqu'en août 2008 : multiples tentatives de déstabilisation du pouvoir, menaces de motions de censure, de dissolution de l'Assemblée, changement de premier ministre puis d'équipe gouvernementale, rien n'y fait, de l'extérieur on ne comprend absolument rien de la crise, qui veut quoi et pourquoi. Les membres du nouveau parti ont l'air de vouloir "suicider" leur propre Président, imaginez le désarroi des mêmes observateurs externes que précédemment, toujours tellement avides de démocratie qu'ils ne veulent pas comprendre ni imaginer le pire.

6 août 2008 au matin : limogeage, par SidiOCA, notre Président démocratiquement élu, des chefs à la tête des 4 corps des armées, et donc, quelques heures plus tard, le pire : coup d'état, mené par Mohamed Ould Abdelaziz (voir étape du 3 août 2005 ci-dessus), le chef tout juste limogé de la tête du Basep (Bataillon de la sécurité présidentielle). Raison invoquée ? Sauver la démocratie. Si si.

Conclusion : il faut s'y faire, les militaires veulent garder un minimum de pouvoir.

Réflexion (d'une occidentale bien naïve, encore déboussolée et essuyant à peine ses larmes de colère et de déception) : ils auraient pu le dire avant, ces militaires apprentis-sorciers. Le sage Ely, entre autres, aurait ainsi évité hier tous ces espoirs, et aujourd'hui tous ces sentiments de déception, tristesse, révolte, frustration, désespoir et j'en passe. Certes la communauté internationale n'aurait pas été aussi enchantée, mais ça aurait été mille fois plus courageux. Et surtout mille fois plus constructif pour la Mauritanie. Stop regrets et critiques bêtes et extérieurs (c'est toujours plus simple de regarder, n'est-ce pas, mais que faire ?). Allons-y pour les questions immédiates que pose ce fait, finalement évident et si peu surprenant pour tant de Mauritaniens, ce "minimum de pouvoir que veulent conserver les militaires".

Questions :

Quant à la tête du pouvoir civil qui accepterait de "faire avec" ce "minimum de pouvoir conservé par les militaires", je ne m'en fais pas, les candidats sont d'ores et déjà multiples et déclarés. Reste à ce qu'ils parviennent à "faire avec". Justement. A répondre un minimum aux questions ci-dessus, qui en cachent tant d'autres. Si seulement...

In ch'Allah.

J'arrête ici les guillemets du monde politique mauritanien inconnu pour vous donner des nouvelles plus personnelles, et beaucoup moins tristes. Je suis toujours à Tunis, normalement jusque début décembre, et, pour ceux qui ne le savent pas encore (honte sur moi si vous faites partie de mes connaissances proches), j'attends un enfant, qui devrait naître en janvier en France, faire la connaissance au moins pendant quelques mois de ma famille et de mes amis français, puis rejoindre le papa mauritanien, courant 2009 je l'espère, plus précisément dès que je trouverai un travail dans ce pays de plus en plus cher à mon coeur. Guillemets encadrant les inconnues politiques nombreux ou non. Le peuple mauritanien vaut un milliard de fois mieux. Minimum. Parce que malgré les coups qu'il reçoit il persiste à vouloir offrir à des étrangers un bon bout de bonheur. Parce qu'il reste, en dépit et contre tout, profondément chaleureux et accueillant. Amis, familles de Mauritanie, nous vous rejoindrons, l'enfant et moi, dès que possible. In ch'Allah. Vous me manquez.

A bientôt.

18 mai 2008 - Avis de recherche : perdu, semaine dernière, alentours de Tunis, sens de l'athéisme. Signes distinctifs ? ... néant ?

Il faut aujourd'hui que je vous parle d'un livre que j'ai lu pas plus tard qu'au début de cette année (pas complètement, c'est vrai, mais un bon bout quand même), un livre au titre à l'air pourtant très sérieux de "Traité d'athéologie", écrit par Michel Onfray. Un livre qui me sert actuellement de marque-page pour un autre, appelé "L'islam raconté aux enfants" par Tahar Ben Jelloum, un livre auquel j'ai attribué cette nouvelle fonction par provocation, rien que pour voir combien de temps je pouvais le supporter, lui, cette honte de l'athéisme, lui séparant 2 pages d'explications religieuses simplifiées.

C'est dommage, je suis désormais partisane, j'ai un début de foi, et vous pourriez croire que ce que je vous écris-là n'est pas objectif. Vous auriez tort, et je vais m'efforcer de vous le démontrer de suite. Rien que le résumé au dos du livre, par l'auteur lui-même, donne le ton. Partis pris, énonciations sans fondement, sans recherche concrête, sans appuis réels, il s'applique à détruire les religions pour proclamer l'athéisme. A l'époque et dans le contexte où je l'ai lu j'aurais encore pu être remise dans le chemin de l'athéisme, mais vraiment, sincèrement, même alors je n'ai pu que constater que ce Michel Onfray desservait très largement sa propre cause en procédant ainsi. Rien n'est vérifié, tout n'est que raccourcis nets et découpages dans le vif, il ne considère les choses que de son angle de vue, beaucoup trop étroit pour que quelqu'un qui se pose des questions puisse y adhérer une seule seconde. Je me suis amusée, stupéfaite par tant de mauvaise foi (c'est le cas de le dire ; je n'ai vraiment pas fait exprès :) !) et d'à-prioris, j'ai tenté, vraiment, de re-situer ces phrases dans leur contexte athé, les unes après les autres, lentement mais sûrement, pour y dénicher enfin un gramme de vérité, même approximative. J'ai persisté, j'ai avalé encore beaucoup de pages, en vain. L'ami qui m'a acheté ce livre, lui, y a trouvé ce qu'il cherchait. J'ai cru comprendre que c'était de l'ordre d'une certaine revanche de la raison sur les religions, ces religions qui ont si longtemps dominé la société et qui ont tellement limité tant de choses, tant les sciences que l'évolution de la condition humaine elle-même. Je dois avouer que ça m'a attristé. Parce que c'est un ami que je croyais doté d'un peu plus d'ouverture d'esprit, pas du tout le genre à tomber dans ce genre de réflexions faciles à la limite de la haine. J'avais oublié que c'était avant tout un scientifique et, surtout, un révolté par l'existence et la persistance de tant d'injustices humaines. J'imagine que les religions sont, à ce titre et dans nos sociétés, les accusées les plus indiquées, les proies les plus faciles pour nos colères si légitimes. Evidemment j'ai toujours autant d'estime pour cet ami, mais ça m'a fait quelque chose, rien que de constater à quel point on pouvait en arriver à en vouloir aux religions. Pour être tout à fait honnête, en bonne froussarde que je suis, ce livre m'a fait trembler. Si quelques uns d'entre vous voulaient bien vous y coller, et me dire leurs impressions... Comme quoi, je ne suis pas si rancunière, je lui fais même de la pub, c'est malin :). Et si vous voulez éviter d'en acheter un exemplaire et par la même occasion voyager un peu, sachez que j'en tiens un à votre disposition, que je suis normalement à Tunis jusqu'à mi-décembre et que je garde mon joli grand appartement maintenant tout vide, même si ça n'a pas vraiment de sens (je n'occupe qu'une pièce sur 3, jugez un peu). Vous êtes donc invités, nombreux et tous en même temps si vous voulez (balcon spacieux certainement habitable en été dès juillet). Mais prévenez-moi quand même, je dois normalement bouger un peu en août (chasse au sens prévue dans l'arrière-pays tunisien).

Sur cette double-invitation, à lire et à voyager, je vous souhaite toujours de bonnes choses, et aussi de ne pas oublier de me donner quelques unes de vos nouvelles de temps à autres, que je reçois toujours avec grand plaisir. Si vous avez en réserve le titre d'un vrai livre traîtant d'athéisme (je veux dire : pas un livre décortiquant tous les méfaits de ces salauds de curés ni revisitant les valeurs des religions aux lunettes déformantes du matérialisme libéral), il est le bienvenu ("L'athéisme, des valeurs sûres" ? "L'athéisme expliqué aux croyants" ? "L'athéisme pour les nuls ?"... ça doit bien exister quand même, on en parle tellement de ce truc-là... vive la provoc'... ok j'arrête mes idioties, mais la demande est à prendre très au sérieux, elle).

Sinon, au pire, à bientôt, puisque de mon côté je pense continuer à bloguer de temps à autres. Pour vous désinscrire de la liste de mes contacts... et bien contactez-moi et dites-le sans détour. Sinon vous aurez toujours de mes nouvelles, sachez-le.

Bye :) !

7 janvier 2008 - Une année tristement terminée

Je ne savais pas où mettre ces mots, une page dédiée aurait été à la fois trop et pas assez, ce seront donc des news, en attendant... en attendant rien du tout ; j'espère bien ne pas avoir à en bloguer plus.

En ce moment, rares sont les rencontres amicales franco-françaises se déroulant sans que les tragiques évènements en Mauritanie n'arrivent dans la discussion (pour les personnes ayant même échappé au tapage médiatique fait autour de l'annulation du Paris-Dakar, il y a eu 4 touristes français tués puis 3 militaires mauritaniens, dans des attaques revendiquées par des terroristes tristement bien trop célèbres). Mes amis ne savent avec quelles pincettes prendre le sujet, et si il faut en prendre. Tous sont atterrés. Aucun ne se voit demain prenant l'avion tranquillement pour aller faire un tour en Mauritanie.

Cette page n'a pas pour but de les rassurrer, ces amis français, en leur donnant une image idyllique de la Mauritanie ; j'aime ce pays, j'espère même y passer quelques années, mais l'idéaliser, lui et son peuple, serait les trahir. Et ça, en aucun cas je ne le veux. Si des Mauritaniens lisent ces lignes, vous voilà prévenus. Les autres aussi.

On entend dire souvent, par les livres touristiques et les étrangers ayant visité le pays, que la Mauritanie est un pays accueillant et hospitalier, à l'islam particulièrement ouvert. Mais, est-ce vraiment utile de le rappeler, comme dans tous les pays, comme partout, elle possède son lot de voleurs, de menteurs, d'hommes violents et de fanatiques. Comme dans tous les pays certains peuvent se perdre, malgré tous les garde-fous, tous les repères socio-culurels qui caractérisent la population mauritanienne. C'est très normal et je ne pense pas que la Mauritanie possède plus d'hommes "perdus" que n'importe quel autre pays, même, bien sûr, après ces récents évènements. Ce qui m'inquiète en revanche, dans ce pays peu peuplé (environ 20 fois moins que la France pour une superficie plus de 2 fois plus grande), pour ce pays aux structures sociales très resserrées, c'est que ces évènements aient pu se produire. Je ne parviens décidément pas à me l'expliquer. Car tout se sait toujours, et très vite, en ce beau pays désertique à la culture orale pour le moins efficace. Tout le monde se connaît. Tout le monde parle, de tout, du beau temps, des voisins, des cousins, de politique, du pain, du lait, de musique, des nouvelles technologies, de tout et de tout le monde, qui plus est du monde proche et connu. Voilà ce qui m'inquiète : comment l'entourage de ces 3 hommes, si ils sont bien Mauritaniens, ont-ils pu les laisser faire ça, et peut-être même les aider ? Qu'Al-Qaeda, bien que prônant un islam rejetté par tous les imams du monde, ait réussi à enrôler 3 personnes momentanément perdues ou affaiblies, à les isoler, à leur faire subir un lavage de cerveau dans un camp étranger, cela n'est pas étonnant, c'est juste très lâche. Mais que ces personnes ainsi lobotomisées soient revenues en Mauritanie et aient préparé et commis leur forfait dans la patrie-mère, c'est juste impensable. Leur entourage savait-il ce qu'ils préparaient ? J'espère de tout coeur que l'avenir répondra par la négative. Pour le moment j'ai un doute. Qui me fait mal et me fait peur.

Mais ce doute, ce mal, cette peur, ne m'empêcheront pas de continuer à aimer ce pays, à penser toujours aussi souvent aux amis, aux familles que j'ai là-bas, à tous ces gens tout simplement supers que j'ai un jour croisé, à Caritas ou en vadrouille, à Nouakchott ou en brousse, à tout faire pour pouvoir un jour y retourner, rencontrer encore d'autres gens fantastiques, et pourquoi pas y vivre bien plus qu'une coopé. Beaucoup plus.

Incha'Allah. Et Lui seul.

PS : J'ai bien conscience que la question que je pose dans cette news est très certainement le but visé par Al-Qaeda en infiltrant les populations à terroriser, mais je ne peux pas la taire. Elle me fait trop mal. La question maintenant est : va-t'on en rester là ? Non, j'ai confiance. Trop, peut-être... Mais on ne peut tout de même pas les laisser gagner, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Dites-moi que non, que tout sera fait pour ne plus laisser se perdre des hommes, des familles entières, dites-moi que les choses vont enfin changer, Monsieur Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Monsieur Zeine Ould Zeidane, messieurs-dames responsables devant Dieu et l'avenir de tant de choses si importantes, si essentielles. Dites-moi, dites-nous, à nous en bas qui avons si peu de moyens, vous là-haut qui pourriez tant, même de "toutes petites" choses, comme par exemple ne pas se débarasser trop vite de gens qui pourraient vous aider, humeur compatible ou non... mais j'arrête-là, avant de m'emballer dans des choses auxquelles je ne connais rien sous prétexte de rage impuissante. A très bientôt, de Tunis cette fois. Incha'Allah. Toujours.

8 et 9 décembre 2007 - Atterrissage glacé, départ anticipé.

Un peu plus de 3 mois maintenant que je suis rentrée, de retour entre "mes" chères montagnes grenobloises. Avouerais-je que je ne les ai tout d'abord pas reconnues, plus impressionnantes dans leur écrin de verdure que dans mes souvenirs de grenobloise blasée ? Se retrouver entre nos immeubles fait aussi un étrange effet, entre intimidation et jubilation, tristesse de ne pas apprécier tout à fait le retour dans cet environnement net et bétonné et joie de retrouver des endroits tant de fois parcourus et de les redécouvrir avec un oeil neuf, un état d'esprit différent. Et tous ces arbres toujours présents, amis qui ont vieilli sans bouger, sentinelles naturelles constantes et rassurantes.

J'ai aussi retrouvé ma société. Société de consommation qui s'assume, les uns revendiquant d'en être toujours plus écartés, les autres baignant agréablement dedans, si possible agrémentés de bio et d'équitable. Sinon tant pis, chacun fait ce qu'il peut selon son porte-monnaie et son sacro-sain pouvoir d'achat. Tous grognent toujours plus, pour des petits riens dont on oserait même pas soulever l'idée de leur possible existence, ne serait-ce que face à sa propre conscience, dans ce cher pays récemment quitté... Il nous manque furieusement un micro-soupçon d'esprit incha'Allah, chers compatriotes... Ou plutôt : il me manque furieusement...

Derrière ces grognements et plaintes que je soupçonne de n'être que purs substituts à l'ennui voire à la solitude, j'ai surtout retrouvé la gentillesse de cette société que j'aime plus que tout (c'est quand même la mienne, loin de moi l'idée de la renier, et si je la critique, c'est bien parce que je l'aime). Gentille société, parsemée d'amis et d'un reste de famille, dans laquelle j'ai retrouvé ma place d'avant, petite place qui me correspond si bien. Amie et soeur discrète, un peu lointaine. Car ici, et c'est une des différences fondamentales avec la Mauritanie, il faut se la créer, sa place, se débrouiller pour en avoir une, se frayer un chemin vers elle à travers nos activités, nos vies chronométrées et cloisonnées qui ne souffrent aucun imprévu ni amalgame. Pas ou très peu d'invitations si l'on n'est plus dans les plannings depuis trop longtemps. Mais c'est normal me concernant, de mon côté je n'ai jamais très bien su me situer, alors comment et pourquoi attendre des autres de me situer.

En Mauritanie se faire un ami c'était intégrer une famille. Ici ce serait plutôt l'inverse, et il est bien tentant de remplacer balourdement "Mauritanie" par "France" et "intégrer" par "désintégrer"... sans aller jusque là et pour m'expliquer, ici j'ai à chaque fois peur de solliciter des amis que j'ai déjà, de prendre de leur temps qui pourrait (devrait ?) être consacré à leur famille. Ici comme là-bas le temps est une richesse, mais ici, je ne sais pourquoi, nous le gérons comme l'argent, et comme l'argent nous avons le sentiment de ne jamais en avoir assez. Et c'est ainsi que j'ai la difficile sensation d'avoir réintégré une société de consommation puissance deux dont les pièces de monnaie bien trop rares sont des euros et des minutes.

Le pire étant que je me laisse prendre au piège et ne tente pas même de me débattre. Ou si peu. Je m'empêtre lamentablement dans tout ça ; n'osant déranger personne, je rate allègrement mon atterrissage et bâcle du même coup mon prochain décollage... Ce n'est pas très malin mais je suis ainsi faite. Je n'aurai jamais ici plus de place que je ne suis capable d'oser en espérer. Raison pour laquelle mon prochain décollage ne sera sûrement pas que bâclé, mais risque bien aussi d'être inévitablement définitif. Et si ce n'est pas celui-ci ce sera le suivant.

... Avouez que ce serait idiot d'avoir trouvé un endroit où l'on m'offre un bout de paradis et de ne pas tout faire pour retrouver cet endroit, passer un bon moment dans le coin, faire un bout de chemin autrement qu'en VSI. J'y retournerai donc. In cha'Allah.

Mauritanie, ta chaleur humaine me manque. Collègues, amis, familles, vous me manquez.

France, société-mère, je te dis au revoir. Amis, famille, excusez-moi de m'être laissée glacer.

Prochaine étape : la Tunisie, pour un poste inespéré et inattendu, taillé pour mes projets et mes aspirations professionnelles. Ensuite nous verrons. Bien.

A bientôt. Au moins dans ce coin de toile.

6 juillet 2007 - Fin de mission en approche, le temps file

Le programme de la fin de ce séjour mauritanien se confirme ; après le 13 juillet, date de départ de Caritas Mauritanie : 1 semaine avec la famille de Korka et Souleymane, mes gardiens, sur le bord du fleuve à côté de Kaédi, avec en prime un petit passage chez Soeur Carmen (un monstre d'humanité de plus à rencontrer). Puis 1 semaine avec la famille de Rakiata et Tourad Touré, des amis d'un ami vite devenus mes amis, toujours au bord du fleuve. Puis 1 mois à travers brousse, transports locaux et incompréhension mutuelle à partager à grand renfort de générosité mauritanienne ; un tas d'inconnus à connaître avec des regards et quelques sourires. Avec un peu de chance j'arriverai en période de guetna (ramassage des dattes) et j'aurai droit à des fêtes familliales improvisées. Ou pas. Peu importe. De toute façon ils vont devoir me supporter encore un peu, tous ces Mauritaniens à quitter déjà.

Quand à vous, vous ne perdez rien pour attendre. Sus aux amis Français, à partir du 30 août. Préparez les pizzas (je suis en manque) et les longues discussions nocturnes (j'ai jamais vraiment beaucoup pratiqué mais pourquoi pas).

... mais peut-être que vous vous fichez pas mal de ce programme, de ces dates, c'est même bien possible que ce qui vous intéresse vraiment, en fait, c'est de savoir comment je me sens, là maintenant, la tête éparpillée, le coeur épars. Ici, là et là-bas. Vous êtes durs. D'habitude j'aime assez me torturer l'esprit pour essayer d'exprimer au mieux par écrit ce que je ressens et pourquoi, mais aujourd'hui c'est extrêmement difficile. Laborieux. Je tente quand même.

Je sais que je vais prendre l'avion du retour dans un peu moins de 2 mois. Mais je n'en ai pas réellement pris conscience. Ni de ce fait à venir, ni de ses implications futures. Peut-être bien que les prises de conscience ne se font qu'avec l'expérience concrête, peut-être bien que tout ce que je peux faire c'est aller résolument vers les actes avec en tête et dans le coeur l'appréhension des moments à venir. Le train-train de Caritas Mauritanie et les collègues tant appréciés à abandonner, les si courtes semaines de vacances à traverser, les gens aimés à quitter, et, enfin, une petite place à retrouver en France.

Comme tout cela me semble irréel, abstrait, loin, si loin... Le pot de départ de Caritas Mauritanie, les derniers petits repas amicaux avec une collègue qui me précède dans le retour en France, les amis locaux qui m'expriment déjà leurs regrets à venir, tout cela me touche, bien sûr, tout cela m'émeut comme je l'ai rarement été, mais les perspectives des mouvements à venir accaparent une grande partie de mon esprit, de mes préoccupations, de mes activités, de mes projets. Peut-être bien que cela a un nom. Peut-être même que cela pourrait s'appeler "la fuite en avant". Peut-être bien, oui. Se plonger dans les activités urgentes, les moments immédiats, pour éviter de se poser, pour éviter de se laisser envahir par les sentiments, pour éviter d'avoir à réfléchir sur des entités inextricables. Tout en sachant très bien que tout cela reprendra le dessus d'une manière ou d'une autre, un jour ou l'autre, au premier coup de blues. Je me sens inconsistante et faible, si faible. Et pourtant... là, en face, de l'autre côté, pas si loin de cette tristesse fondamentale, là, oui, bien là, comme en réponse, comme une provocation, elle est là, l'énergie monstrueuse, comme une rage, qui pousse sans cesse, à avancer, à construire, à provoquer, à se relever, à repartir, l'énergie de la vie que rien ne semble pouvoir calmer, pas même la faiblesse de se laisser embarquer par les émotions et les sentiments, si encombrants, si douloureux, si lourds. Si indispensables. Ne serait-ce qu'à canaliser cette incroyable énergie dans la bonne voie. Une voie.

Sur laquelle le temps passe et file...

Bougez pas j'arrive. Vite.  :)

Des tas de bonnes choses à vous tous et à vos familles en attendant de vous retrouver.

Des bises aussi.

Il faut que j'y aille.

J'y vais.

Wooli !!! Cot !!

Un grand Salam aleikoum chaleureux. A tous, ici, là, là-bas.

Oui oui, ok, du calme, j'y-vais-j'arrive, ça y est (dur dur) :)

10 mai 2007 - De bêtes nouvelles

Quelques nouvelles d'ici (puisque ce site ne sert apparemment plus qu'à ça, bouh, honte sur moi :) !) : la nouvelle est arrivée de Paris, je dois être rentrée en France le 31 août prochain pour de bêtes questions administratives. Finalement je rentrerai donc en avion, directement après avoir longuement (si tout se passe bien pendant plus d'un mois) profité de la brousse Mauritanienne, désormais parsemée d'amis... tout au moins dans la vallée du fleuve et le Tagant... ça y est, 3 amis proches et je peuple la Mauritanie ! Pour une fois j'ai une bonne excuse : ici 1 ami équivaut très souvent (voire toujours) à 1 famille (ce genre d'équation ça me va plutôt bien).

Entre autres questions qui me viennent, en cette fin d'expérience, celle du devenir de ce site (vous l'avez peut-être lu sur la page d'accueil) : n'en ayant pas fait ce que je voulais (la partie des découvertes est franchement décevante... si vous saviez ce que j'avais en tête en mettant 'ça' en ligne), je vois mal ce que je vais pouvoir en faire désormais. J'ai un moment penser à refaire un site, carrément différent, basé sur un wiki que tout le monde pourrait alimenter ; la Mauritanie vue par les internautes de tous horizons, ça pourrait être sympa... dans ce contexte mes quelques pages pourraient être les premiers spécimens, histoire de montrer le principe. Avant ça bien sûr il faudrait vérifier qu'un tel site n'existe pas déjà et prévoir de passer quelques heures pour mettre ça en place et accessoirement si besoin le suivre.

... mais je n'en suis pas encore là. Là je suis encore en Mauritanie, j'ai toujours très peu de temps pour faire ce que je veux (le site est de ce point de vue classé loin dans l'échelle de mes priorités ; quelle fausse bonne excuse), je verrai tout ça à mon retour, histoire de revenir en douceur, le corps en France et l'esprit virtuellement encore là-bas le temps de faire ce wiki ou quoi que ce soit d'autre... il faut quand même être tordue pour se poser déjà ce genre de questions... enfin bref.

Revenons à la réalité, c'est-à-dire le corps ici et l'esprit tendu vers vous dans l'intention de vous donner quelques nouvelles... depuis 3 jours ça chauffe ici, et pas à cause des élections présidentielles françaises (remarquez, maintenant que je l'écris, ça a peut-être un lien), mais à cause des températures, qui avoisinent maintenant, d'après Yahoo, les 35°C la journée et 18°C la nuit (c'est bizarre j'ai plutôt la nette impression que c'est la même jour et nuit). Côté politique le Gouvernement Mauritanien est en pleine formation (ça doit se bousculer aux portes des nouveaux ministres ; courage !), les avis sont mitigés, quelques déceptions communautaristes pour la faible représentativité des Négro-mauritaniens, compensées par la conscience que ça n'a finalement pas grande importance tant que les gens affectés aux postes en question font bien leur travail. En bref tout le monde attend de voir ce que fera la nouvelle équipe. L'immense espoir est donc toujours d'actualité, le fatalisme n'a plus tellement son mot à dire, il revient parfois par simple habitude, et aussi, un peu, j'ai l'impression, pour éviter de porter malchance.

Côté Caritas Mauritanie c'est aussi l'heure des gros changements, y compris concernant le service informatique. J'ai dû déjà vous annoncer la bonne nouvelle, mon collègue a pris en main le service, me laissant libre, entre 2 inévitables interventions utilisateurs, d'installer, configurer, tester, bref de mettre en place le serveur de fichiers sous linux (pour les curieux j'ai choisi la version prévue en longue durée de support de Ubuntu, donc Dapper Drake 6.01). En juin je devrais me coller au site internet de Caritas Mauritanie en parallèle de la mise en service de ce serveur. De quoi bien m'occuper jusqu'à la fin de ma mission, donc.

Côté perso les amitiés se sont confirmées et approfondies, je vogue entre envie d'en profiter et soucis de ne pas trop m'accrocher. Même si ce soucis est bien inutile ; ceux qui me connaissent savent que de toute façon je garderai des attaches plutôt fortes et que je m'appliquerai si besoin à les renforcer après mon départ. Tordue pour tordue...

Je crois que le principal est là, l'appel à la prière retentit (encore un truc qui va me manquer au retour je pense), il est l'heure d'aller manger quelques arachides et de poursuivre un bon vieux bouquin, à moins que je ne résiste pas à l'appel du film qui passe au CCF ce soir et dont j'affectionne particulièrement la musique (Bamako, d'Abderrahmane Sissako, un Mauritanien... j'allais dire cocorico mais ça ne marche pas ici... alors "blââââââ"... je ne connais pas l'animal emblême de la Mauritanie mais j'aime assez les chameaux).

Sur ces bêtes bêtises je vous laisse et m'en vais me plonger dans la litanie de mon retour à pattes à travers les pistes ensablées de cette chère capitale.

A bientôt donc, sous quelque forme que ce soit.

...

Au fait, je pense toujours beaucoup à vous tous, même si je ne l'écris pas forcément... bon, cette fois j'y vais ; à + les amis, portez-vous bien !


17 février 2007 - Ca fait longtemps

... bon sang, oui, ce que ça fait longtemps ! Une éternité, j'en prends conscience à la relecture de mes dernières news. Tant de choses se sont passées depuis mi-novembre ; ma soeur et son ami ont débarqué, nous avons fait un circuit inoubliable avec Abdallahi (l'un de mes rares amis) et Beddy (un chauffeur-guide présenté par Abdallahi, qui est très vite devenu un ami lui aussi), Olivier (ancien volontaire à Caritas) a fait un passage éclair, Henri (en mission et en collocation avec votre serviteuse depuis 2 mois) est reparti, Chloé (nouvelle volontaire qui bosse dans la communication) est arrivée et a commencé à s'installer (une victime de plus à devoir me supporter en colloc), Matt (ami DESTien) est venu passer 2 semaines dont une en circuit avec Abdallahi, Beddy et moi. Ces quelques faits si vite décrits sont porteurs de tant de nouvelles expériences, de tant de nouvelles connaissances, de tant de raisons de s'attacher encore  à ce pays... Et, pendant ce temps, ma deuxième année de volontariat s'entame inexorablement. Deuxième année pendant laquelle je peux enfin apprécier pleinement le pays, la culture, les rencontres, parce qu'ils me sont désormais familiers, parce que j'ai le sentiment, sans doute illusoire, de les comprendre enfin un peu, ou(-et ?) peut-être tout simplement parce que j'ai appris, pendant la première année, à les aimer. Ces derniers mois vont passer à une vitesse fulgurante, j'en ai bien peur, dans l'urgence d'apprécier au mieux et le plus possible cette vie à laquelle je viens tout juste de me faire, ces amis qui me sont désormais si proches.

... oui, la coopé est une sacrée expérience, une expérience sacrée.

A très bientôt, je vous promets de m'efforcer de trouver du temps pour vous décrire encore quelques expériences humaines, pour partager avec vous un peu de cette sacrée deuxième année.

13 novembre 2006 - Comment faire...

... comment faire la part des choses, quand tout s'ajoute, se mélange, se surenchérit, quand les expériences brutales se succèdent, quand les connaissances culturelles se font et se défont à l'occasion d'improbables rencontres hasardeuses ?

Comment prendre du recul quand on nage en plein brouillard, quand on ne peut pas décoller, quand il faut avancer quand même parce qu'on nous attend au tournant et qu'on ne veut surtout pas rater ça ?

Comment se détacher de ses repères culturels sans perdre le nord ?

Comment ne pas être tentée de juger les valeurs des autres en fonction des nôtres ?

Comment comprendre les autres, leur façon de voir les choses, quand on ne connait pas leur langue, quand on est en dehors de leur mode de vie, quand on ne vit pas dans leurs conditions, quand on ne subit pas leurs pressions sociales, quand même leur sensibilité artistique est un mystère insondable ?

Comment ne pas se laisser écarteler entre les émerveillements et les déceptions, entre l'admiration et le rejet ?

Comment ne pas se laisser guider par les frustrations, comment ne pas se laisser aigrir par le sentiment d'inexistence, comment ne pas se laisser désespérer par l'impossibilité de s'épanouir ?

...

... commencer, le 5 novembre 2006, par tenter d'exprimer ce qui démange, le 13 se poser des questions, prendre du recul, surtout ne pas s'arrêter là, déblayer, faire la part des choses, repartir des expériences, de la base, tout reprendre, oui, tout, ctr-alt-suppr, shutdown -h now...

... espoir que tout ça donnera quelque chose... mais quoi... qui vivra verra. dieu seul sait. in ch'allah. allez, hop, à moi la vie et les appels à la prière. calmes. graves. profonds. et les amis. des amis. amis mauritaniens j'ai besoin de vous où êtes-vous. où êtes-vous...

A très bientôt, amis lointains, très sûrement...

5 novembre 2006 - Heureusement, il y a aussi des bas.

... oui, heureusement, sinon comment apprécierait-on les hauts ?

J'aimerais vous faire sentir les difficultés qu'un expatrié peut rencontrer ici, en Mauritanie, et plus précisément à Nouakchott. Difficultés liées aux différences environnementales qui font qu'on ne sera jamais aussi bien que dans son pays d'origine, mais aussi et surtout celles dues aux différences culturelles, aux différences d'importance donnée aux valeurs sociales. On ne se rend pas compte, dans nos sociétés occidentales, comme tout est facile. Parce que le travail bien fait est une valeur reconnue, parce que l'organisation et la rationnalisation règnent, parce qu'on en est à parler de démarches qualités. Plus profondément parce que la scolarisation donne sa chance à chacun, même si elle reste imparfaite, parce que l'égalité est prônée, même si sa mise en pratique est restreinte, parce que l'épanouissement de l'homme est avant tout recherché, même si c'est à la condition expresse de pouvoir mieux profiter de ses capacités, que ce soit à produire ou à consommer.

Ici l'inégalité entre les êtres humains est une évidence qu'on ne remet pas en question (j'ai d'ailleurs découvert tristement que c'est très clairement et sans aucun doute possible explicité dans le Coran, de manière bien plus négative et potentiellement destructrice à mon humble avis de profane que dans la Bible... encore que tout dépend de ce que l'on fait de tout ça, oui, c'est vrai), le travail ne vaut que par la quantité d'argent qu'il rapporte et le statut social qu'il implique, les liens sociaux, amicaux et professionnels ont une valeur proportionnelle à la garniture du portefeuille à laquelle ils permettent d'accéder, l'art oral tout droit issu de la tradition est un bon moyen d'échapper à ses responsabilités, d'esquiver les questions gênantes, la fierté est un verni compact qui laisse très peu de place aux remises en cause et à l'ouverture d'esprit. Le passé (relativement récent) nomade, tribal et esclavagiste et la misère actuelle expliquent tout ça. L'état de non droit qui règne depuis quelques années (et dont d'ailleurs nos chères sociétés occidentales ont bien profité et dont elles profitent encore) a permis l'ancrage profond de ces valeurs - ou plutôt de ces non-valeurs - dans les mentalités et le fonctionnement même de toute la société. Les mauvaises habitudes sont prises, et avec elles tout ce que ça comporte d'acceptation inconsciente de l'inacceptable, de corruption des mentalités.

Là tout de suite, la tête dans le clavier, il m'est bien difficile de trouver des aspects positifs dans cette société mauritanienne. Evidemment et heureusement, à l'échelle individuelle, des gens fantastiques la peuplent, cette société. Ils sont même en majorité écrasante, ce qui explique sans doute que le pays n'explose pas. Mais leurs possibilités sont minces de s'épanouir dans de telles conditions, à moins d'être bien nés, et encore, l'environnement social est de toute façon à long terme néfaste, nécrosant, inhibant, ou tout simplement désolant en supposant que l'on soit d'un naturel particulièrement positif.

Alors comment espérer, ici ? Comment vivre ? Sincèrement je n'en ai aucune idée. Peut-être que cet environnement convient à certaines personnes, peut-être aussi sans doute que vivre dedans depuis l'enfance et ne pas connaître d'autres sociétés reposant sur d'autres valeurs humaines peut aider à supporter ça, à ne pas se révolter, ne pas trop se poser de questions. L'être humain est capable de s'habituer à tout. Le peuple mauritanien m'en donne un incompréhensible exemple. Il est aussi et surtout d'un fatalisme mystique, ou plutôt religieux, qui seul peut à la rigueur me faire avaler que ce que je vois, ce que je vis, n'est pas qu'un mauvais rêve.

Sur ces tristes et lucides considérations je vous laisse et m'en retourne à cette réalité difficile, en espérant pouvoir continuer à apporter un peu la vague idée autour de moi que l'on peut peut-être vivre avec d'autres valeurs humaines en tête que celles qui ont cours ici. Je vous avoue quand même que la corruption morale est difficile à repousser. Elle s'immisce dans les moindres détails, profite des plus banales et anodines habitudes, s'empare de la plus petite fragilité de la volonté, de la moindre baisse d'énergie, du moindre assaut de fait-néantise. Le plus important est encore d'en prendre conscience et de réagir à la prochaine occasion. Et pour ça il faut des repères, des regards extérieurs, compatriotes (de valeurs si ce n'est de pays d'origine), compréhensifs. Merci de ne pas me lacher, mes amis, merci de m'avoir permise d'avoir tout ça, toutes ses valeurs fondatrices humanistes bien en tête, par vos contacts et les expériences qui nous ont à un moment ou à un autre rapprochés.

Après relecture je me rends compte que tout cela peut paraître bien théorique, presque évident ; on se doute bien avant de venir ou de loin que des considérations de ce type ressortiront à un moment ou à un autre. Il n'empêche qu'entre la pensée et la réalité, entre la théorie et les faits, il y a un gouffre que j'espère bien un jour pouvoir combler. Mais quels exemples donner, il y en a tant, des plus anodins aux plus flagrants... Un jour peut-être, oui, mais pas ce soir... Ce soir je vais profiter de la charmante compagnie de mon collocataire temporaire (encore une personne de bonne volonté croisée grâce à Caritas et à mon statut de volontaire), histoire de me rappeler encore un peu toutes ces valeurs indispensables à nos sociétés, et, me semble-t-il, à l'homme...

Et en me re-relisant, le titre de ma news me saute à la figure comme une blague de mauvais goût, d'un cynisme épouvantablement vaniteux. A la base il devait simplement évoquer le fait que je suis en période de creux, à nouveau en pleine remise en question de ma place ici... Tant pis, je maintiens,  après tout les difficultés vécues dans cette société me font d'autant plus apprécier les facilités de la mienne, reconnaître ses qualités, quelques puissent être ses bassesses et ses mesquineries, sa tendance au replis sur soi et sa frilosité.

Pour finir sur une note "positive", les mauritaniens sont actuellement en période de campagnes électorales (municipales et législatives prévues le 12 novembre, sénatoriales en janvier, puis présidentielles en mars 2007), la démocratie est en marche ; même si les premiers gouvernements ne seront pas idéaux (mais lequel l'est vraiment), il ne pourront de toute façon pas être pires que le précédent, une bonne vieille didacture tribale bien-pensante. Je vous reparlerai sûrement bientôt de ces campagnes, de manière enthousiaste, je l'espère sincèrement... En attendant à très bientôt, bises encore bien chaudes (on s'approche encore et contre toute attente des 40°C l'après-midi) à tous.

5 octobre 2006 - Si si je suis encore là !

Après avoir patiemment attendu que mon hébergeur reprenne vie et que son serveur retrouve le chemin du web (bonne excuse pour ne pas avouer la fait-néantise auguste qui s'est abattue sur moi), me voici de retour... pas grand monde ne l'avait demandé, mais je mets ça sur le compte des grandes vacances, puis de la rentrée, et enfin du morose automne qui commence pour vous :)

Ici les chaleurs ont vraiment débuté début septembre, tout juste pour le retour de nos expatriés qui croyaient fuir l'épouvantable saison de l'hivernage en juillet-août. J'ai retrouvé ces belles températures (plus de 40°) avec une pointe de nostalgie ; c'est cette même chaleur qui m'avait accueillie à la descente d'avion, il y a un plus d'un an maintenant.

C'est bien beau tout ça me direz-vous mais quoi de neuf là en bas ? Et bien... j'allais écrire le traditionnel "pas grand chose", mais après une rapide relecture de mes dernières news, si, en fait, et même tout plein de choses.

Le plus facile d'abord, le travail. Vous m'aviez laissée en train de déléguer un max à Dioum (mon collègue informaticien mauritanien), et en pleine prise de distance du poste de responsable informatique. Et bien, malheureusement, ça n'a pas eu le résultat escompté ; Dioum n'étant pas reconnu, ni hiérarchiquement, ni par les autres salariés, comme responsable informatique, c'est finalement moi, dans les faits, qui gardait la responsabilité de... tout. Depuis les demandes utilisateurs, jusqu'aux prises de décision finales, en passant par les sollicitations hiérarchiques concernant les conseils techniques. C'est normal me direz-vous. Tout à fait d'accord. C'est pour cette bonne raison que nous avons décidé, dès août, de tout faire pour, enfin, donner la pleine et entière responsabilité du poste à Dioum.  La hiérarchie (tant la direction générale, les ressources humaines, que notre responsable hiérarchique) ont été d'abord réfractaires à ce changement de poste ; ils avaient en tête de me laisser cette responsabilité tout le temps de mon volontariat (2 ans), et de ne faire la passation de responsabilité qu'à la fin. Après explications et échanges de points de vue, l'idée est enfin acceptée, et ça n'est plus qu'une question de semaines pour que ce soit officiellement approuvé, avec note de service et tout ce qu'il faut pour qu'elle soit tout à fait effective. Je prendrai ensuite un rôle d'appui (Dioum m'a demandé mon aide pour la planification des activités du service) et de conseillère technique (proposition d'améliorations, mises en place, réalisation de documentations informatiques pour les équipes qui suivront, aide aux formations utilisateurs, ...).

Sinon, côté personnel je n'ai toujours pas d'amis comme ceux que j'ai laissés en France (il faut dire que je n'ai jamais été très rapide pour créer ce genre de liens), je n'ai pas non plus fait de rencontre qui aurait remis en cause ma vision célibataire de la vie (il faut dire que je ne cherche pas beaucoup à en faire), et la solitude a atteint cet été un pic assez incroyable (il faut dire que c'est bien fait, je n'avais qu'à rentrer vous retrouver une ou deux semaines...), mais duquel je suis ressortie bien vivante, et, je crois, définitivement attachée à ce pays. Je me suis même habituée à la saleté des rues de Nouakchott, et ça, vraiment, c'est un signe ! Pour vous donner une raison un peu plus positive, j'ai découvert que cette période d'hivernage est celle par excellence où les gens du pays vivent, fêtent leurs retrouvailles, célèbrent les mariages, et c'est aussi celle où la nature revit, celle où des coins de verdure surgissent au milieu des dunes, celle où les animaux retrouvent leurs formes et leur pèche. Bref, tout ça ne peut que revigorer, amis ou non, conjoint ou non, et attacher définitivement un bout de coeur au pays des sables.

8 juillet 2006 - Tout se met en place, peu à peu...

Voilà enfin des news un peu fraîches... Pour tout vous dire je ne savais pas trop quoi vous dire, l'écriture par mails permettant de tout mélanger, nouvelles strictement perso et découverte de mon environnement de vie.

Du coup j'ai fini par trouver : je me concentrerai désormais ici sur... mes news !!! Un peu longue à la détente, la fille... Ben quoi, vous croyez peut-être que la Mauritanie ferait de moi une lumière ?!?!!!

Donc, première news, je suis toujours aussi longue à la détente (est-ce vraiment une news...). Sinon, côté boulot, tout se met en place (d'où le titre de cette news) : j'ai enfin totalement accepté le fait que je ne suis pas faite, mais alors pas du tout, pour prendre la responsabilité d'un service, aussi petit et technique soit-il. Du coup je me positionne désormais dans un rôle de "renforcement de capacités" (c'est le mot à la mode en ce moment dans les ONG, et pour cause) : en gros et pour faire simple ça veut dire : "on ne fait plus, on aide à savoir faire". Ce qui m'arrange bien du reste...

Là je m'aperçois qu'il va falloir que je redonne le contexte de ma mission si j'espère pouvoir être claire. D'après la description de mon poste, je devais gérer le service (maintenance, inventaires, achats, sécurité, formations, mise en place d'outils) et former une personne pour prendre la suite à la fin de mon contrat. Description tout à fait juste, je vois mal comment il aurait pu être autrement mieux défini.

Seulement voilà, dans la réalité, je me suis retrouvée à prendre en main un parc informatique qui n'avait pas vu un informaticien depuis plus de 6 mois, et dont le dernier informaticien (aux dires de la direction) a fait plus de mal que de bien (ceci dit vu l'état du parc et les conditions je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement). Ceci sans avoir jamais démonté un pc de ma vie (ce que savaient bien entendu les personnes qui m'ont embauchée ; j'avais selon elles suffisament de cordes à mon arc pour combler ce détail, ce qui ne s'est certes pas avéré faux, mais sur le coup, quand on se retrouve avec un parc qui commence à dater, ça fait un peu juste quand même).

Heureusement, 2 semaines à peine après mon arrivée (juste le temps de me rendre compte de l'ampleur de la tâche et de prendre peur), mon collègue mauritanien (la personne que je devais former, donc), est arrivé (ce dont d'ailleurs on ne m'avait prévenu qu'une semaine après mon arrivée). Mamadou Saïdou Dioum, 35 ans (et oui, un vieux !), un diplôme d'informatique de maintenance en poche, avec une expérience de 5 ans en Tunisie, et la ferme intention d'avoir la responsabilité du service, sur le papier si ce n'est immédiatement en réalité, et vraiment pas disposé à se laisser enquiquiner par une petite dans mon genre. Ce à quoi j'adhère carrément d'ailleurs ; de quel droit je lui dicterais ce qu'il doit faire ? (cette question est la première preuve de mon incapacité totale à être responsable d'un service, le plus petit soit-il : je suis infoutue d'imposer quoi que ce soit à qui que ce soit, serait-ce pour les meilleures raisons du monde, alors à un vieux qui plus est :)...).

Enfin bref, je prends soin dès le premier jour de lui exposer le plus clairement et objectivement possible la situation et nous commençons donc à peu près du bon pied. Sauf que lente comme je le suis, je persiste dans mon rôle de responsable qui est là pour imprimer, si ce n'est imposer, sa vision bien occidentale et carrée des choses, et je m'empresse de m'y enfermer, quitte à stresser continuellement pendant 6 mois pour pas grand chose... Dioum de son côté (et il a encore une fois bien raison), malgré toutes mes techniques pour imposer mon point de vue, est resté totalement réfractaire à tout. Sur le coup ça fait un peu mal de se ramasser à chaque fois, de lutter pour qu'une organisation et des méthodes de travail soient appliquées, et ça finit par user. Sans compter les difficultés de changement de culture, dont vous connaissez désormais les effets (si j'étais moins timide je vous renverrais aux mails d'alors, mais s'il vous plaît n'en faites rien, restez avec moi, j'ai encore plein de choses à vous écrire...).

Donc voilà, peu à peu j'enregistre ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire et pourquoi, je saisis quelques causes culturelles et sociales, j'adapte mes comportements, je m'assouplis et finis par abandonner l'idée que j'organiserai toute seule et avec ma conception bien occidentale des choses ce sacré service informatique. Pas trop tôt n'est-ce pas ? Depuis je ne vous cacherai pas que ça va bien mieux, Dioum comme moi sommes vachement plus détendus, nous parvenons peu à peu à nous entendre sur l'essentiel, et nous redécouvrons peu à peu ensemble ce que l'organisation que j'avais tenté d'imposer aurait pu nous apporter. Oui, depuis que j'ai laissé tomber ma rigueur et mon organisation à l'occidentale, des erreurs ont été faites qui auraient pu être évitées. Avec ces erreurs on recadre peu à peu, la nécessité d'organiser la gestion du service se fait sentir... C'est assez marrant en fait ; c'est comme tout reprendre à la base et arriver à retrouver le pourquoi de la conception du monde à l'occidentale, rigoureuse, organisée, carrée.

A vous écrire tout ça je me rend compte à quel point cette expérience est représentative (toutes proportions gardées bien sûr) des difficultés que peuvent rencontrer les ONG sur le terrain, et notamment les ONG de développement, qui tentent d'apporter leur expérience et leur vision des choses pour aider des groupements locaux à s'organiser et à créer des activités génératrices de revenus, donc un minimum performantes. Elles se frottent à tout un tas de différences socio-culturelles qui empêchent pour beaucoup la concrêtisation durable de ces projets. Toute la difficulté consiste à amener la bonne aide, de la bonne manière ; ne pas imposer, juste encadrer à distance et donner les moyens aux gens de s'organiser par eux-même, en s'appuyant sur ce qui existe déjà, aussi peu performant cela est-il en apparence. Et là vous avez une petite idée (toute petite ; je ne suis pas spécialiste des ONG de développement) des difficultés pour faire comprendre aux bailleurs de fond, aux donateurs et plus largement à l'opinion publique, ce que ces ONG peuvent bien faire sur le terrain, alors même qu'elles y sont pour certaines depuis plus de 20 ans et que les conditions de vie de la population n'ont pas évolué, ou pas de manière directement visible et quantifiable.

Pour en revenir à moi et à mon petit rôle d'informaticienne, j'ai désormais pris ma place d'aide à distance, de conseillère en quelque sorte, et je laisse un maximum de responsabilités à Dioum, qui ne demande que ça. Je l'aide lorsqu'il a trop d'interventions matérielles, je l'oriente plus ou moins sur les choix des systèmes (comme ça en passant : vous qui vous intéressez peut-être au monde du libre, avez-vous tenté ubuntu ? c'est tout juste une distribution linux facile à installer, avec une bonne communauté web pour vous aider... http://www.ubuntu-fr.org ), je lui donne mon avis sur les formations utilisateurs (Dioum est heureusement un fin pédagogue, qualité qui me manque au plus haut point), j'apporte des idées, bien souvent idéalistes et rêveuses, sur tout ce qu'on pourrait mettre en place pour améliorer la communication au sein de l'association (à tout hasard un intranet basé sur un wiki : définition + très bel exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wiki ).

Un autre de mes rôles est de chercher les solutions les moins risquées pour les achats de matériel ; ici, sûrement comme dans beaucoup d'autres pays en développement, les notions de "client", "fournisseur", "garantie", "circuit de commercialisation", "SAV", en sont à leur niveau le plus basique (jusqu'à la débrouille : on ne va quand même pas faire marcher la garantie constructeur alors qu'on peut immédiatement le remplacer, ce fichu disque dur de portable Toshiba !), et bien souvent inexistantes. D'ailleurs ce sont encore pour moi de belles occasions de découvrir des différences socio-culturelles incroyables et ô combien enrichissantes ; rien de mieux que des exemples concrêts pour bien les intégrer.

Voilà donc où j'en suis aujourd'hui côté boulot. Côté perso... Ben ça lit, ça court, ça va aux marchés, ça écoute des concerts, ça va au ciné, ça cuit parfois sur la plage, et surtout, ça "grandit" (mûrit ?) intérieurement, lentement (toujours, ça, c'est sûr, ça ne changera pas), mais sûrement, grâce à cette expérience, grâce aussi à vous qui ne me lachez pas au bout du mail (encore et encore merci à tous). Et ne me dites pas que ça ne se voit pas physiquement ou je me vexe définitivement... Non non, rassurez-vous je plaisante, j'ai pas non plus perdu le sens du ridicule  ;o)...

A très bientôt...

24 juin 2006 - Mise en ligne des mails... et mise en garde des lecteurs-aventuriers potentiels...

Ouf, ça y est j'ai fini, mes quelques mails sont tous là... Je ne les voyais pas si longs. A se demander si c'est bien moi qui les ai tous écrits...

Je peux vous dire que ça m'a fait tout bizarre de les relire. Quant à les mettre en ligne, là tout de suite je me demande si c'était bien raisonnable... Sont-ils susceptibles d'intéresser quelqu'un ? Vous les avez de votre côté déjà tous, mes chers contacts, et vraiment je me demande si c'était à faire... Maintenant que c'est fait je ne vais pas les retirer, quoique... Allez, non, et tant pis pour les infos très persos, après tout ce sont des mails, les lecteurs éventuels sont prévenus, aussi ne devront-ils s'en prendre quà eux-même si ils s'y aventuraient et penseraient ensuite avoir perdu leur temps...

...

Et puis d'abord cet espace s'apelle 'mes news', il est fait pour ça, mes infos persos, non mais !!!! (vous inquiétez pas, je me remets les pendules à l'heure, histoire de ne pas succomber à la voix qui me crie de retirer illico tout ça de là...)

Sur ce, je m'en vais prendre un peu de repos ; à très bientôt pour d'autres news un peu plus fraîches (promis dans pas longtemps)...

Mail du 17 avril 2006 - Nouvelles de Mauritanie

Bonjour à tous,

Ca fait un moment que je ne vous ai pas envoyé de nouvelles et du coup j'en ai tellement à vous raconter que je ne sais pas par quoi commencer...

Prenons donc par ordre chronologique ; depuis février, que s'est-il passé ?

Tout d'abord la réponse d'Olivier Bellin à mon mail sur l'islam mauritanien (décidément un peu trop court et incomplet), que je vous livre telle quelle tellement elle est bien et pleine d'infos intéressantes : Les Almoravides étaient de loin des êtres fort respectables puisque qu'ils batirent un califat qui allait du Sud de l'Espagne, au Maroc & à l'Algérie. Ils permirent aux intellectuels des 3 religions (Judaïsme, Islam & Chrétienté) de travailler librement ensemble ; notamment à Cordoue. Cela fit la richesse et l'exception de cette ville et au-delà du rayonnement d'EL-Andalus (c'était son nom) sur une période qui reste, au même titre que la renaissance, une des plus florissantes de l'histoire européenne (notamment au niveau scientifique). Malheureusement, ils perdirent une série de bataille avec un autre califat (les almohades) qui avait une vision beaucoup plus dogmatique de l'islam. Ainsi, à la prise de Cordoue, ils ont massacrés sur la place publique la quasi totalité des intellectuels de ces trois religions. Précipitant les survivants dans l'exode (les juifs revinrent en Palestine). Si le sujet t'intéresse, je te recommande le roman de Jacques Attali 'La confrérie des éveillés'.

Merci Olivier ; je n'ai malheureusement pas dégoté ce bouquin ici, peut-être ai-je mal cherché... Ceci-dit ça m'a engagé à en lire d'autres, toujours très intéressants, de ce très cultivé et prolifique écrivain.

Après ces remises en place culturelles, je passe très égoïstement aux évènements concernant plus bassement ma petite (oui bon ça va...) personne.

Début février est arrivée une stagiaire à Caritas, qui est repartie fin mars. J'ai donc eu la joie de l'avoir comme collocataire pendant presque 2 mois. Allemande, parlant très peu français et n'ayant jamais voyagé seule, nous avons passé beaucoup de temps ensemble. J'ai eu très peur de lui imposer une vie un peu trop austère mais finalement nous avons fait quelques rencontres et elle est repartie contente, de retrouver l'Allemagne bien sûr, mais aussi de son séjour. Parmi les heureuses rencontres, Abdallahi et Baba, dont je joins les photos. Très sympas, nous les avons rencontrés au CCF (Centre Culturel Français). Ils nous ont invités à plusieurs parties thé-plage, à boire du lait de chamelle tout frais tiré devant nous, à déjeuner dans leur famille. J'ai eu très peur qu'à un moment ils nous demandent en mariage mais non, pas du tout, Dorothee est repartie comme elle était venue (seule), et j'ai repris mon train de vie solitaire et célibataire. Je les revois toujours à l'occasion des manifestations culturelles du CCF, on s'invite de temps en temps à manger, bref des amis que je pense sincères et sans arrière-pensée. Ca a l'air bête mais ici c'est loin d'être évident.

L'épisode Dorothee a donc bousculé pas mal de choses, et notamment son départ, qui m'a remis face au vide de ma vie ; du jour au lendemain, n'avoir plus personne de qui se préoccuper, à qui faire découvrir tant de choses, avec qui vivre le quotidien et les découvertes, ça fait bizarre... D'autant plus quand on se dit que finalement on est peut-être encore capable de s'occuper de quelqu'un d'autre que de soi, ce qui dans mon cas était très loin d'être évident. Sans doute est-ce la raison fondamentale de mon engagement récent dans des cours de soutiens pour les enfants d'un quartier pauvre. Ca se passe au centre Paul 6, entre des cours de catéchisme. Les enfants qui en profitent sont donc chrétiens donc d'origine étrangère (pour le moment très peu de mauritaniens sont chrétiens, et encore moins les enfants). Je ne les ai vus pour le moment qu'une fois, mais ces gamins sont formidables et, bien que - ou car? - très turbulents, je les adore déjà. C'est malin. Du coup je cogite sans cesse, entre 2 coups de cafard professionnel, à des sujets qui pourraient les intéresser et les aider à apprendre à lire et à écrire. Oui, je crois que je me suis définitivement trompée de job...

Au niveau de Caritas donc rien ne va plus. Ou plutôt rien ne va, car ça n'a jamais été fantastique. Le travail est toujours aussi inintéressant et ça ne devrait pas s'améliorer de si tôt (le renouvellement que nécessite le parc informatique n'est plus à l'ordre du jour). Une petite note optimiste ces dernières semaines tout de même ; on a l'adsl et j'ai entrepris la réalisation d'une application de gestion spécifique à l'un des projets (un peu de soft au milieu du hard, ça fait vraiment du bien). A venir un site internet, un intranet et de la formation utilisateurs. Du mieux donc, espérons que tout ça se concrêtise...

Je m'arrête là pour aujourd'hui et les infos très persos, je vous envoie quelques photos et vous dis à très bientôt, pour des nouvelles un peu plus intéressantes culturellement

sandrine

Photos :

BabaLà c'est Baba avec un de ses grands potes du désert... L'endroit se situe à une vingtaine de km de Nouakchott ; les dromadaires appartiennent à son grand-père, ils sont gardés par un berger qui vend le lait à des particulier ou à Tivisky, la seule société mauritanienne à exploiter ce lait

DromadaireLe troupeau de dromadaires du grand-père de Baba. En arrière-plan les petites constructions où vivent beaucoup de mauritaniens, y compris à Nouakchott.

KhaïmaLa khaïma (avec télé SVP) d'un peu plus près, un peu plus floue (désolée) et avec de belles couleurs de fin de journée. C'est très joli tout ça mais c'est quand même très près du bord de la route...

Famille de BabaBaba et sa famille.

AlhousseinUn collègue de Caritas et sa famille qui nous ont très gentillement invitées à déjeuner ; au menu thieb bu diem, le riz au poisson mauritanien (c'est aussi le plat national sénégalais je crois). Comme de coutume nous mangeons par-terre, à la main et tous dans le même plat. C'est un coup à prendre mais c'est bizarrement plutôt agréable et pour le moins convivial...

Mail du 4 février 2006 - Nouvelles de Mauritanie

Bonjour à tous,

C'est le moment je crois, en ces temps de troubles relationnels islamo-européens, de vous faire part de mon vécu et de mes ressentis vis-à-vis de l'islam mauritanien, preuve parfaite si il en était besoin de la richesse de la culture mauritanienne, pleine d'ambiguïtés et d'apparentes contradictions.

C'est une évidence mais je préfère le rappeler, il existe non pas un islam mais des islams, et non pas un par pays mais un par peuple au moins, si ce n'est un par tribu et même un par individu. Mais arrêtons-nous à un islam par peuple, ce sera déjà pas si mal si j'arrive à vous faire ressentir les spécificités de ceux de la Mauritanie. Pouvant diviser la population mauritanienne, très grossièrement par leurs origines, en deux peuples (je ne sais pas si j'use bien des termes "peuples" et "population" ; j'espère que vous me comprendrez quand même), on peut dire que nous avons deux islams, l'un maure et l'autre négro-africain.

Tout d'abord un court résumé historique, afin de poser les bases ; l'islam est arrivé en Mauritanie au XIème siècle, par l'installation dans le nord du pays d'une communauté religieuse berbère musulmane, qui fit peu à peu de nombreux adeptes et finit par constituer une armée de moines guerriers, les Almoravides, qui organisèrent une vague d'islamisation sur tout le pays, étendant sa conquête en Algérie, au Maroc et jusqu'en Espagne. Tous les peuples de l'actuel territoire mauritaniens subirent cette vagues islamisante, arabo-berbères comme négro-africains. Mais ils ne se l'accaparèrent pas de la même façon, loin s'en faut, et cela se ressent aujourd'hui dans leurs comportements et leurs relations. Je suis malheureusement bien incapable de vous faire un exposé sur les divergences d'appropriation sociologiques et culturelles de cette religion par ces peuples ; je peux seulement vous en donner des impressions, des ressentis, nourris de mon vécu, de discussions avec les intéressés et de quelques lectures.

Le peuple maure tout d'abord, a une façon très ambigüe de pratiquer l'islam ; il est beaucoup pour eux question de représentation, d'apparences. Peut-être cela leur vient-il de leur passé nomade, dont le courage, la fierté, l'honneur et le respect étaient des valeurs essentielles, chantées et louées par les griots au même titre que la grandeur de Dieu. Mais ce n'est qu'une supposition, toute personnelle et qui est sans doute bien simpliste au regard de la réalité des évolutions socio-culturelles des 10 derniers siècles... Comment cette importance accordée à l'apparence se manifeste-t'elle aujourd'hui ? Entre autre par le soin particulier apporté au boubou, cet habit traditionnel les recouvrant des épaules aux pieds, plus ou moins magnifiquement brodé, dont les musulmans se revêtent tous les vendredi, jour de prière. Les maures le portent volontiers tous les jours, avec une fierté toute mauritanienne, où se mêlent dignité et nonchalence. Les négro-africains, quant à eux, réservent cet habit au jour de la prière, leur boubou quotidien traditionnel, quand ils le portent, en étant une adaptation beaucoup plus simple, fonctionnelle et discrète.

Un autre domaine dans lequel se révèle aussi l'ambiguïté maure est la considération de la femme. Très respectueux des apparences, les maures leur ont imposé le voile, qu'elles ont su s'approprier complètement, le tournant à leur total avantage. Preuve de la relation ambigüe des maures à la religion, le voile est aujourd'hui plus un accessoire de beauté qu'une protection pudique contre les bas instincts humains. Statut totalement accepté par toutes les parties, tant les femmes que les hommes. La beauté de ces voiles, le soin que les femmes mettent à le porter, et surtout à le réajuster, avec des gestes plein de sensualité, ne laisse guère la place au doute. Pour confirmer cela il suffira d'avoir la chance d'assister à des danses mauritaniennes dans lesquelles les mauresques excellent, danses dans lesquelles la sensualité dont je parlais plus haut prend tout son sens. Et si jamais il vous restait un doute, sachez qu'à l'occasion d'un essai "forcé" (dont je vous reparlerai très sûrement) d'une melafa (autre nom du voile), à ma question qui demandait confirmation de l'importance de ne pas laisser voir les cheveux ou le cou, les femmes maures se sont mises à rire en répondant que les jeunes femmes peuvent laisser ample la partie recouvrant la tête, et que seules les vieilles femmes se doivent de la recouvrir soigneusement.

Un petit écart indispensable ; ceci ne veut pas dire que tout est rose pour les femmes en Mauritanie ; elles sont les premières victimes de l'analphabêtisme, d'une scolarité restreinte et donc du "chômage". Mais revenons en à notre sujet... Concernant les relations homme-femme, tout peut se faire tant que ça ne se sait pas (comme dans de nombreux pays arabes apparemment). A ce propos je vous raconterai une petite annecdote (qui ne me concerne pas, vous emballez pas)... Mais avant et pour cela, voyons la condition de la femme musulmane négro-africaine ; pas de voile, aucune pudeur ni feinte ni démonstrative, rien ne la différencie en apparence des autres femmes. Peut-être simplement refusera-t-elle de vous serrer la main si vous êtes un homme, et encore, cette attitude commence à disparaître avec les jeunes générations. Les relations intimes quant à elles ne sont pas cachées ; les négro-africains ne voient pas pourquoi ils cacheraient à la société ce qu'ils ne peuvent cacher à Dieu. Cette différence avec les maures, pour qui l'apparence compte plus que tout, a fait naître un proverbe qui illustre bien la considération empreinte de moquerie que portent les négro-africains musulmans à leurs homologues maures : "Dieu ne voit pas la nuit".

La petite anecdote maintenant, que me racontait un ami négro-africain musulman ; il eut une nuit une aventure avec une jeune femme maure, rencontrée dans un groupe d'amis. Le lendemain même, ils se croisent dans des conditions totalement différentes, elle étant accompagnée d'autres amis et sans doute de membres de sa famille, tous maures. Mon ami, naturel et oubliant leurs différences socio-religieuses, s'avance vers elle, tout heureux de rencontrer une connaissance tant appréciée... A sa grande surprise (qui fut sur le coup très mauvaise vous vous en doutez), celle-ci feignit de ne pas le reconnaître et alla jusqu'à le repousser oralement violemment, comme savent si bien le faire les mauresques. Il repartit évidemment triste et furieux, jusqu'à ce qu'il ait l'explication de la bouche-même de la jeune fille en question, redevenue naturelle et avenante un soir d'évasion de ses obligations sociales. Mon ami a fini par prendre ça avec humour et me raconta son aventure avec un sourire moqueur explicite quant à son opinion vis-à-vis des maures et de leur façon singulière de pratiquer l'islam. Eux, les négro-africains, rajouta-t-il, l'ont dès le début et sans restriction totalement acceptée et intégrée. Ceci dit rappelons tout de même que le peuple négro-africain la tempère beaucoup, cette religion, notamment par son intégration à des croyances animistes ancestrales.

Une petite dernière preuve très actuelle de l'ambiguïté et de l'ouverture de la population mauritanienne, tant maure que négro-africaine ; leur position face aux tensions internationales qui ont pris une ampleur spéciale hier. A l'occasion de la prière du vendredi, tous les imams se sont vigoureusement et longuement exprimés contre l'irrespect européen envers leur religion. L'ambiance dans les rues et aux abords des mosquées était grave mais sans excès et pas envers les occidentaux. Confirmation le soir même à deux reprises, par des amis et par le présentateur d'un concert traditionnel mauritano-andalou (magnifique), qui nous ont signifié leur amitié et que ces condamnations ne nous étaient nullement adressées, nous européens et plus largement occidentaux vivant en Mauritanie. Et c'est vrai qu'on se sent ici, dans cette République Islamique, particulièrement en sécurité, tellement la population mauritanienne est accueillante, ouverte et humaine. N'est-ce qu'une trompeuse impression ? Je ne pense pas. Ou alors remettez en cause tout ce que je viens de vous écrire et désespérez tout à fait de la race humaine...

Sur cette dernière petite note en apparence pas très optimiste mais qui l'est en fait tout à fait (j'ai profondément confiance en ce peuple), je vous embrasse tous amicalement et chaudement (les températures ont bien remonté ces derniers jours ; je les soupçonne fortement d'avoisinner les 35° dans la journée)

A très bientôt

sandrine

PS : pour rassurer tout à fait les irréductibles inquiets, sachez qu'en ce moment-même je vous écris d'un cyber café de Nouakchott, entourée de jeunes mauritaniens qui me demandent à tout va des coups de mains (informatiques, philo, français...), auxquels je répond en toute sérénité, laissant traîner sans problème mes écrits concernant leur religion. Et je vous assure que ce n'est pas de l'inconscience.

Mail du 17 janvier 2006 - Nouvelles de Mauritanie

Bonjour à tous,

Tout d'abord je vous souhaite une bonne et heureuse année 2006 à tous, et surtout à ceux à qui je n'aurais pas encore adressé des voeux un peu plus perso... Et n'essayez pas de me culpabiliser par retour de mail, ma deuxième bonne résolution de l'année est de ne plus culpabiliser (je préciserai la première plus loin si j'oublie pas). Tout au plus obtiendrez-vous en usant de ce vil et bas procédé les voeux auxquels vous aviez droit. Et encore ;b ...

Ceci dit, je vous donne quelques nouvelles de Nouakchott, où je sévis encore malgré ce que pouvaient laisser présager mes derniers mails et la période de silence qui a suivi. Et non seulement j'enquiquine encore ces sacrés mauritaniens, mais en plus maintenant je le fais joyeusement, et je n'envisage plus les deux prochaines années (plus précisément déjà plus que 20 mois maintenant) avec stupeur et incrédulité. Je vais enfin pouvoir vous faire partager mes découvertes sereinement. Ce simple constat me remplit d'une joie et d'une bonne humeur telles que même le pire des vents de sable ne pourrait m'ôter le large sourire qu'elles flanquent sur mon idiot de visage. Je vais encore avoir quelques grains de sable coincés entre les dents, j'en ai bien peur...

Bon c'est bien gentil tout ça mais il va falloir s'exécuter maintenant...

Allons-y. J'ai tellement de choses à vous communiquer que je ne sais pas par où commencer. Des suggestions ? A ben non, un des inconvénients majeurs du mail est qu'il n'est pas très interactif. Commençons par exemple par les choses les plus utilitaires. Comment une poule-petite-ptiote-sorcière peut-elle vivre joyeusement à Nouakchott ?

D'abord Nouakchott est habitée principalement par des africains (si si) qui se trouvent être pour une grande partie d'entre eux mauritaniens (j'vous jure), c'est-à-dire soit négro-africains soit maures soient un peu les deux. Ca n'a l'air de rien, dit comme ça par la bestiole que je suis, mais c'est fondamental ; il y a ici un tel brassage culturel que la plus inadaptée sociale des bestioles ne peut y rester indifférente. Et pour peu que la bestiole en question s'intéresse aux trucs faits de papiers appelés livres ou aux choses desquels sortent des sons appelés instruments de musique, alors là elle en a au moins pour dix bonnes années d'incessantes découvertes. Sans oublier bien sûr tous les contacts humains profondément liés à ce brassage de cultures et donc eux-aussi riches et surprenants.

Comment vous décrire tout cela sans être trop caricaturale, simpliste et sans me prendre pour une spécialiste que je ne suis pas ? Peut-être en commençant par vous prévenir et en vous conseillant de considérer tout cela comme étant des éléments subjectifs nourris de mes quelques débuts de considérations culturelles.

Le peuple mauritanien est originellement, pour sa branche arabo-berbère, un peuple nomade. Ca aussi ça paraît bête mais ce mode de vie et le milieu dans lequel il a été pratiqué (non, il ne l'est plus si ce n'est dans les mentalités) est le fondement de la richesse de sa culture. A ces origines vient s'ajouter la religion, l'islam, qui est pour le moins destabilisante de contradictions, apparentes si ce n'est réelles. Religion, qui, quand elle a déferlé sur le pays, n'a pas épargné les différents peuples négro-africains (poulars, wolofs, soninkés) peuplant principalement le sud du pays, qui l'ont immédiatement et sans aucune résistance ajoutée à leurs propres croyances animistes.

Mais je ne vais pas m'embarquer dans une analyse des richesses culturelles mauritaniennes ; j'en serais bien incapable. Tout ceci juste pour vous dire que mes lieux privilégiés de détente sont les deux bibliothèques de Nouakchott les plus accessibles à mon niveau d'intérêt et de connaissances culturelles : celle du centre culturel français (la première créée en Mauritanie et apparemment la plus fréquentée), et celle du diocèse (qui possède des trésors introuvables ailleurs, consultables sur place et à n'emporter chez soi que moyennant une totale confiance des bibliothécaires).

Je profite également de ces richesses aux occasions (rares et précieuses) d'invitations mauritaniennes pendant lesquelles avec beaucoup de chance des groupes profitent du rassemblement pour faire une démonstration de leur talents poétiques et musicaux. Groupes dont les musiciens, musiciennes, chanteurs et chanteuses descendent directement de la caste des griots, ces poète(sse)s-musicien(ne)s qui chantaient il n'y a pas si longtemps la gloire des vainqueurs, la défaite des vaincus, les déceptions ou espérances amoureuses, les louanges ou le dénigrement d'une personne ou d'une tribu. Griots dont l'emprise pouvait être très puissante en ce temps où l'expression orale était l'arme politique, utilisée bien plus finement qu'elle ne l'est aujourd'hui, nourrie des contraintes imposées par les traditions et la religion. Cette finesse de l'art poétique et musical est toujours bien vivante aujourd'hui ; simplement les sujets et les circonstances d'expression ont changé. La modernité ajoute à la richesse originelle, tant du point de vue du contenu que de la forme (par exemple les guitares électriques se joignent harmonieusement aux instruments traditionnels).

Voilà pour une rapide présentation du domaine culturel mauritanien et pourquoi je ne devrais pas m'ennuyer pendant deux ans, notamment occupée que je serai à vous décrire ces richesses...

Pour compléter l'aspect loisirs à Nouakchott, les ravitaillements hebdomadaires aux marchés en font partie. C'est incroyable comme un mode de consommation simple et humain peut être agréable. Les contacts sont emplis d'une convivialité qui n'a rien à envier à leur richesse multi-culturelle. Et même les agressions des vendeurs les plus entreprenants (de l'opinion de tous, ce sont les sénégalais qui remportent la palme) n'y résistent pas ; ces pseudos-agresseurs, quand on sait les prendre, deviennent vite de simples connaissances que l'on envoie inlassablement gentillement ballader, et qui, très loin de s'en offusquer, en plaisantent joyeusement d'une fois sur l'autre.

A ces loisirs s'ajoute le footing du dimanche matin autour du stade de Nouakchott, où je retrouve invariablement les mêmes adeptes du sport matinal, quelques occidentaux et asiatiques, mais principalement des mauritanien(ne)s, dont la tenue de sport se rapproche étrangement, pour quelques un(e)s, de celle du vendredi après-midi pour la prière, impression renforcée par le sport pratiqué, un mélange de marche plus ou moins rapide et d'égrènement de chapelet, avec une concentration et un léger remuement des lèvres... Ces personnes doivent très probablement faire leur prière du matin autour du stade (quelle perspicacité). Ca peut paraître étrange quand on sait qu'il y a à proximité quelques mosquées qui portent bien plus à la piété, mais tout s'éclaire ou presque quand on apprend que le stade est construit à l'emplacement d'une ancienne mosquée et que les habitudes sont parfois bien difficiles à remettre en question, tout particulièrement quand il s'agit de religion.

Enfin, et je terminerai par là, le centre culturel français offre des séances de cinéma et de théâtre, des expositions et des concerts, locaux ou non, à la diversité réjouissante et instructive.

Voici donc une partie de ce qui fait ma vie ici. A cela s'ajoutent les invitations à l'occasion des fêtes religieuses, les sorties à la plage, les excursions en brousse à l'occasion d'invitations chez des amis (eux-mêmes invités par des amis qui eux-mêmes...) ou de la maintenance informatique dans les projets CARITAS. Autant d'histoires que je tacherai de vous raconter dans mes prochains mails. En attendant, je joins quelques photos, histoire de vous en donner un avant-goût et de vous dépayser un peu.

Je vous fais à tous quelques bises très très fraîches (j'ai enfin sorti la polaire, avec un bonheur non dissimulé, teinté d'une pointe de nostalgie), et j'attend toujours de vos nouvelles...

A très bientôt

sandrine

PS : en me relisant je viens de voir que j'ai oublié de préciser ma première bonne résolution... Elle a à voir avec le déroulement du jour de l'an, que j'ai passé avec des compatriotes en manque de nourriture française, dans un resto. Soirée très sympas (humainement bien sûr, mais surtout gastronomiquement), mais un peu trop bruyante et arrosée (au champagne SVP), et dont les effets au réveil du premier jour de cette prometteuse année 2006 m'ont fait jurer de passer le prochain dans le désert et sobrement. Si ça vous tente vous êtes bien sûr les bienvenus...

Re-PS : pendant que j'y suis... Noël se fête ici comme les autres fêtes, avec des repas chez les amis et la famille. Ca peut surprendre, mais les musulmans célèbrent aussi la naissance de Jésus, plus connu chez eux sous le nom de "Issa", car il le reconnaissent en tant que prophète. Ce qu'ils ne reconnaissent pas c'est qu'il soit le fils de Dieu, celui-ci ne pouvant en aucun cas engendrer un être humain.

Photos :

Plage de NouakchottLa plage de Nouakchott, ses pirogues multicolores, ces ânes et leurs charettes, l'océan... (commentaires vraiment très très intéressants...)

Désert MederdraDésert MederdraLes paysages mauritaniens tels qu'on peut les admirer aux allentours du village de Mederdra (mais pas seulement).

Désert MederdraA droite les dunes de Mederdra, à gauche les enclos mauritaniens

Désert MederdraToujours le désert mauritanien, avec au loin un troupeau de chèvres (petit clin d'oeil à ma soeurette perchée tout là-haut sur sa montagne)

Matinée MederdraLes levers de soleil sont magnifiques ici aussi (ben oui)

Charette à chevalUn cheval attelé croisé dans un village au sud de la Mauritanie ; ces nobles animaux sont bien mieux traités que leurs cousins les ânes (ces derniers sont en général dans un bien piètre état, au moins pour ceux qui peuplent les rues de Nouakchott)

Troupeau TufundeTroupeaux rassemblés autour d'un point d'eau à proximité de la route ; les troupeaux (vaches, chèvres, chameaux, ânes) déambulent à travers les plaines désertiques en totale liberté, accompagnés ou non d'un berger. Ils ajoutent à la dangerosité des routes mauritaniennes, qui, avec leurs trous et l'état des véhicules qui y circulent, n'avaient pas besoin de ça...

Famille AstouCelle-la c'est juste parce que j'y suis et que certains voulaient voir ma tête ridicule... Je vous reparlerai des charmantes personnes qui sont à mes côtés très bientôt In ch'Allah.

Mail du 9 décembre 2005 - Nouvelles de Mauritanie (des bonnes cette fois !)

Bonjour à tous,

Mon dernier mail, modèle de bafouillements dans l'art désolant de décrire les difficultés rencontrées pendant un séjour prolongé en terre étrangère, omet de préciser que tout n'est pas si sombre et que les éléments positifs contrebalaçant ces dures réalités existent bel et bien. Sans doute les avais-je oubliés au moment d'écrire ce mail, envoyé un chouilla trop tôt... La distance prise pendant ces quelques jours -en grande partie grâce à vos réactions- me permet et même m'oblige à rectifier le tir, ou plutôt à le compléter.

La société mauritanienne, mélange de cultures africaines diverses et d'expatriés occidentaux variés, dans laquelle je baigne, n'est donc pas si invivable que ça et ne devrait donc pas tout à fait me rejetter sur les montagnes grenobloises de si tôt (j'avoue quand même y avoir pensé, déballant une bonne grosses quantité d'idées tordues aux occasions si joyeuses des questionnements sur le sens de ma venue en ces terres pas si lointaines...). Afin de vous en convaincre, Je vais tenter une description des premiers éléments marquant mon retour à l'optimisme, à défaut d'un retour à la vie sociale (faudrait pas exagérément aller trop vite).

Pour cela, je vais prendre ma revanche sur les débuts de mon dernier mail et me faire la joie de tordre le cou à l'idée préconçue (chouette !) qui décrit la vie mauritanienne d'une occidentale naïvement en manque d'aventures et de découvertes comme un gouffre de sorties éprouvantes en milieu populaire aguicheur (plus ça va, plus mes phrases sont à rallonges... Je n'arrive même pas à les finir tout à fait, c'est malin... Enfin bref). Donc non, les aggressions ne sont pas seules à peupler les rues de Nouakchott (ah ben voilà, ça c'est concis !). Le plus important, à ne jamais oublier (merci Patrick), reste le sourire des gens, tout simplement d'un bonheur franc, les plus démunis soient-ils. Ensuite il y a cette profonde gentillesse mêlée à la générosité dans beaucoup de regards ; ici les gens sont pauvres mais (ou et) profondément liés socialement. Le peu qu'ils ont ils le partagent directement sans se poser de question, sans rien attendre en retour. Et puis il y a aussi cette chaleur humaine, cette familiarité qu'ils mettent très facilement, naturellement et donc avec une incroyable légèreté, dans tous leurs contacts, les plus récents soient-ils. Dans le milieu des affaires ça passe pour de l'hypocrisie, dans le milieu professionnel à l'occidental pour un manque de sérieux, mais dans la rue c'est tout simplement génial et source d'une incroyable convivialité. Enfin, (et je terminerai provisoirement par là -il se fait tard-) nos amis européens qui travaillent dans les ONG -et même d'autres (si si)- sont profondément gentils et plein de bonne volonté.

Voilà donc pour le moment.

En attendant de vous envoyer très prochainement plus de détails, je souhaite de bonnes fêtes de fin d'année à ceux que je ne recontacterais pas d'ici-là.

A bientôt (qui sait, on n'est jamais à l'abris d'une inspiration subite) ou à l'année prochaine donc

sandrine

Mail du 6 décembre 2005 - Nouvelles de Mauritanie

Bonjour à tous,

Ca fait un moment que je ne vous ai pas mailés en bloc, juste des réponses quand je le pouvais aux nombreux d'entre vous qui m'ont contactés (merci beaucoup !!!). Je vais donc m'efforcer de réparer cette vilaine erreur en vous faisant un petit résumé de mon état présent.

Je viens de passer par un difficile moment d'inadaptation sociale, qui je crois n'est pas tout à fait terminé. Changer de culture et de société pendant un long séjour est loin d'être quelque chose d'anodin. Je ne m'attendais pour ma part pas du tout à tant de difficultés, et sans vous tous si proches par le mail, je ne sais pas si j'aurais su me relever de ces difficultés... Un ami m'a rappellé avec raison que nous sommes des animaux sociaux, et ce genre de petites phrases prennent ici et avec vos mails tout leur sens.

Le changement d'environnement social, donc, est un cap difficile à passer. Une fois passés les premiers temps d'émerveillement devant tant de différences culturelles incompréhensibles (on n'en reste souvent je crois à cette étape-là quand on ne séjourne que quelques semaines à l'étranger, ce qui permet de revenir tout à fait sereins et subjugués pour reprendre le boulot, et plein de motivation pour repartir loin l'année suivante...), vient le temps des révoltes, déceptions et autres remises en question qui permettent de relativiser et d'adapter son rôle aux réalités concrêtement épouvantables du terrain, et enfin c'est le temps de l'adaptation sociale. Ou plutôt celui de l'inadaptation sociale et de son acceptation. Ensuite il s'agit de l'assumer totalement en attendant le soulagement d'une éventuelle adaptation, qui prendra sûrement du temps, si elle daigne se pointer.

Mais pourquoi donc "inadaptation sociale" ? N'est-ce pas un terme un peu fort ? Est-ce que je n'exagèrerais pas un tout-petit-peu-tout-de-même ?

Vous me soupçonnez peut-être de jouer les pauvres petites paumées là-bas dans le désert et qui n'attend que marques d'amitié et de compassion... Je vous y prends !!!! Et ben non, pas du tout. Bon, vous voulez des bons petits détails bien illustratifs, c'est ça ? Suffisait de demander, pour vous au moins je veux bien rester sociable...

Donc voilà quelques sources de prise en pleine figure des différences culturelles.

Tout d'abord je me hâte de confirmer les préjugés (profitez-en, j'espère ne pas avoir à le faire trop souvent) qui permettent de m'imaginer, jeune occidentale aux yeux clairs et de surcroît célibataire (tout se sait très très vite dans cette ville aux comportements de village, et je vous assure que ce n'est pas de la paranoïa) submergée par des remarques, qui sont considérées chez nous de simplement machos à carrément vulgaires, en passant par les innévitables essais plus "romantiques". Je vous passe les détails, aucun ne m'a jamais amusée, sur le coup je les ai vécus comme une réelle aggression (je n'exagère pas), et même maintenant ils me laissent comme un arrière goût plutôt amer. Trop sensible la petite ? Oui il y a sûrement de ça. Mais surtout ces comportements, qui parfois pourraient être simplement flateurs, ne me vont profondément pas, mais alors pas du tout. Ils ne collent simplement pas à ce que je suis. Ils provoquent inévitablement un malaise que j'ai du mal à dépasser. Résultat difficilement évitable : totale fermeture à TOUT LE MONDE. Finis les sourires et attitudes engageantes, les comportements d'ouverture et d'échanges. Et ça a été pire encore, parce que ça non plus, ça ne me correspond pas du tout. Et la conséquence première a été mon asociabilisation. Complètement en marge, la p'tite. Des mauritaniens comme des occidentaux. Un vrai désastre.

Tout le monde y est passé, les occidentaux pour d'autres raisons que voici. Vous n'êtes pas fatigués de mes gérémiades au moins ? Si c'est le cas libre à vous de faire une petite pause... Non mais. Je poursuis donc. D'abord la majorité d'entre eux -les occidentaux donc- vivent en couple voire même ont des enfants (j'vous jure c'est vrai, oui oui quelle horreur...), et, allez savoir pourquoi, il m'est difficile voire impossible de me pointer à l'improviste dans des foyers dans lesquels je connais à peine une personne tout au plus. C'est idiot mais c'est comme ça. Pour les autres, jeunes célibataires, je dois bien avouer que mon peu d'attrait pour les soirées festives sur-sonorisées et pleines d'alcool a mis d'inébranlables barrières entre nous. Quant aux lieu d'éventuels échanges (le Centre Culturel Français par exemple), ils ne m'ont pas permis de rencontrer qui que ce soit avec qui j'ai la moindre affinité. Je pense que mon malaise dû au décalage culturel n'y est pas pour rien (l'indécence de notre façon de vivre elle-même est difficilement encaissable), on verra si ça s'arrange par la suite...

Et ces familles dans lesquelles j'ai été invitée ? Elles ont créé un tel choc culturel, les incompréhensions sont telles, que ces rencontres sont pour le moment éprouvantes. Quelque chose passe tout de même, et c'est ce qui fait qu'elles sont inoubliables, mais c'est tellement subtile, tellement infime, que ça ne suffit pas à nouer de réelles relations d'amitié. Amicales tout au plus et c'est déjà bien, mais pas suffisant pour que je les côtoie régulièrement. Pas pour le moment en tous les cas, en pleine reconstruction d'un semblant d'interface sociale en adéquation avec ce que je suis.

Oula, cette dernière phrase est un peu lourdeaude, non ?!!! Non non, ne partez pas, je vais me rattraper, promis ! Tout ce que je voulais dire c'est que l'adaptation à un nouvel environnement social, consiste je crois en une modification de notre façon d'être, qui doit s'adapter à ce nouvel environnement sans aller à l'encontre de ce que l'on est. J'ai l'impression d'être un peu brouillon là, mais c'est bel et bien ce que je ressens... Vous imaginez le désastre là-dedans :) !!! D'où un certain décalage profondément vécu.

Ajoutez à cela les relations brutes "subies" en faisant les marchés ou simplement en se promenant à pieds dans les rues, vécues elles aussi comme de réelles agressions tellement elles sont désespérantes voire révoltantes et pleines de ces différences culturelles (les enfants maigres et vêtus de loques qui font la manche pour leur marabou, une femme qui tend son bébé pour le vendre 1 000 ouguyas soit à peu près 3€, les sénégalais qui ne comprennent pas que vous ne leur achetiez pas leur stock de produits à touristes et vont juqu'aux insultes, ...), tout cela et mon manque de connaissance voire même mon ignorance des cultures rencontrées et de ce que tout cela sous-tend, fait que les sorties sont elles aussi éprouvantes.

Voilà pourquoi je vis en ermite depuis à peu près 2 mois, recluse dans mon antre à l'ilôt K, ne sortant que pour me ravitailler en lait et aller au marché chercher des fruits. Ces piètres activités sociales sont déjà bien riches en apprentissages, je vous assure.

Et dire que la Mauritanie est l'un des pays les moins difficiles à s'intégrer, où les occidentaux sont bien accueillis, peu brusqués, aux dires de tous les gens ayant fait plusieurs pays africains, bien plus touristiques que celui qui m'accueille... J'ai de la chance, dans un autre pays africain, je n'aurais sûrement pas fait long feu.

Heureusement, vous n'êtes pas loin, me permettant de me rappeler ce que je suis (pas si folle et asociale que ça, enfin j'espère, à moins que nos rencontres n'aient été qu'erreurs et incidents de parcours, ce dont je doute fort), et les collègues de boulot de CARITAS sont réellement sympas et ouverts...

Donc ma vie ici se met en place, peu à peu mes comportements sont façonnés par ce si étrange environnement social, et avec un peu de chance ce que je suis au fond parviendra à exister un peu sans trop être agressé, ni par les stimuli extérieurs ni par mes propres comportements d'auto-défense.

Je peux aussi vous dire que je pense souvent à vous, et que tous vos mails sont lus avec un réel bonheur... Sûrement comprenez-vous maintenant pourquoi... Non ? Ok, je recommence... Non ? Vous avez compris finallement ? Ahhhh, je l'savais que j'étais claire et parfaitement compréhensible dans mes explications tellement concises...

Bon, j'arrête là votre torture et je vous envoie toutes mes amitiés de Mauritanie (si si j'en ai tout plein en réserve, c'est pas le genre de source à se tarir, heureusement) et vous dis à très bientôt, pour, je l'espère des nouvelles plus légères, positives, et surtout moins nombrilistes (j'aurai sûrement plein de trucs à vous dire sur la société mauritanienne ; quand elle me choquera moins et que je la comprendrai mieux, promis je vous en ferai profiter... Peut-être ce "mauvais" passage était-il inévitable...)

sandrine

Mail du 29 octobre 2005 - Nouvelles de Mauritanie

Bonjour à tous,

Ca fait un peu plus d'un mois maintenant que je suis à Nouakchott et beaucoup d'entre vous me demande des nouvelles. Je vous en remercie ; en plus de faire chaud au coeur, ça motive carrément.
J'aurais aimé vous envoyer quelque chose de plus construit, malheureusement je n'ai pas encore réuni les conditions nécessaires dont une essentielle, la tranquilité. Je vous envoie donc ce petit résumé un peu brouillon, écrit comme il vient, en attendant...

Par où commencer...

La première question que vous me posez, et tant pis pour vous si c'est par habitude, c'est "Comment vas-tu ?".
Commençons donc par là.
La réponse est "Bien".
Voilà, ça c'est fait. Je plaisante (quel humour vraiment... Hého, il fait chaud ici le soleil tape fort, un peu d'indulgence SVP).
Sans blague, j'ai eu ces deux dernières semaines, comme "un passage à vide". Une baisse de morale exponentielle, qui a débuté avec ma découverte des quartiers les plus déshérités de Nouakchott. C'était quelques jours après une averse d'environ vingt minutes qui a suffit à remplir pour un moment les trous des routes et pistes de la ville. C'est fou comme du sable bien tassé peut retenir l'eau.
Le résultat n'a pas été brillant pour les quelques rues goudronnées, transformées ici et là en petites marres boueuses. Très rigolo en mobilette, surtout quand on ne connaît pas encore par coeur les rues de la ville et les trous à éviter absolument... Je vous assure qu'on appréhende la traversée de ces flaques d'opacité.

Pauvre occidentale de moi, quels tracas vraiment... A l'autre bout de la ville, dans les quartiers pauvres (dont les doux noms sont "le cinquième" et "le sixième"), le gamins pataugeaient pieds nus dans les marres d'hydrocarbures et de détritus, leurs parents galéraient non loin pour aller chercher l'eau aux puits, dispatchés sur des petites places ici et là, parfois en plein milieu de ces marres immondes.

J'ai observé tout ça bien à l'abris à bord de mon taxi, avec à mes côtés Moktar, un jeune étudiant en sciences sociales habitant le quartier, qui nous a invité, mon retraité volontaire de collocataire et moi, à manger avec sa famille.
Inoubliable moments.
Notre jeune hôte a tout de suite remarqué à mon air étonné et souvent consterné que c'était la première fois que j'allais dans ces quartiers.
Il a été formidablement ouvert et est resté très serein. Pas du tout gêné ni complexé de sa situation comme beaucoup d'africains le sont malheureusement à notre contact. Il sait d'où il vient, il est fier de nous le faire découvrir, et il sera d'autant plus fier quand il en sortira, avec toute sa famille (sa mère, ses quatre soeurs, ses deux frères).
Car il en sortira, cela ne fait pas de doute, ça s'est vu dans son regard lumineux lorsqu'il nous a montré ses diplômes et attestations de stage (au CFIP, un centre profesionnel géré par CARITAS, et au centre social de promotion féminine de Nouakchott, dans tous les cas des félicitations comme attestations de sortie).

Un formidable exemple à suivre. Tout comme ces gens qui survivent dans ces quartiers et qui parviennent à garder leur dignité et leurs sourires. Malgré tout. Tout cela fait donc incroyablement et même contre toute attente chaud au coeur.
Ca révolte aussi.

Pour ça il suffit de voir nos conditions de vie à nous, occidentaux, à Nouakchott, à la porte même de la pauvreté sans nous en offenser ; le plus naturellement du monde on va exiger à un plombier-électricien-réparateur de nous remonter un surpresseur pour pouvoir prendre nos deux douches par jours, le plus rapidement possible s'il vous plaît. Surpresseur qui a inévitablement surchauffé du fait de l'instabilité du courant électrique. Solution évidente : en racheter un neuf en attendant que celui-ci lâche aussi dans si peu de temps. Ne demandez surtout pas où va ainsi le matériel usé prématurément. Et ne remarquez surtout pas les décharges sauvages sur le bord de la route en allant dans le désert, du haut de vos beaux 4X4 qui vous emmeneront loin de là prendre l'air des dunes et de l'océan... 4X4 mauritaniens autant et même bien plus qu'occidentaux d'ailleurs. Les vingt dernières années de pseudo-démocratie ont bien rempli les poches des équipes dictatoriales en place, pas de problème.
L'aide internationale a bien été détournée pendant que les plus pauvres s'entassaient dans des conditions de plus en plus épouvantables.

Aujourd'hui un nouveau gouvernement militaire qui se veut de "transition démocratique" a pris oficiellement provisoirement le pouvoir. Soyons donc optimistes. Même si il n'y a que peu de raisons de l'être. Si peu. Juste ces regards heureux malgré tout que l'on croise au détour des pistes en chantier.
Ces regards qu'on aimerait plein d'avenir.
Malgré tout.

Quant à moi aujourd'hui j'ai repris le moral. Grâce aux amis, à l'autre bout du mail. Grâce à vous à qui je pense souvent et qui m'avez d'une façon ou d'une autre si positivement influencée. Grâce aux évènements culturels organisés par le CCF (Centre Culturel Français, dynamique et tourné vers la culture mauritanienne mais dont le désintérêt des occidentaux laisse mal-rêveur). Grâce aux rencontres parfois bien surprenantes.
Je commence à me faire à cet état d'esprit si particulier, imprimé par le constant côtoiement des extrêmes. Les ambitions les plus follement invraisemblables et les préoccupations les plus sévèrement matérielles. Et tout ça arrive à cohabiter.
Malgré tout.
Je me prend à penser, de temps à autres quand les conditions le permettent (tôt le matin quand le soleil ne cogne pas trop fort et que la poussière nocive n'est pas remuée par la multitude de voitures), que la Mauritanie est belle et bien tout simplement en chantier, qu'elle n'en est qu'au stade où nous-mêmes en étions il n'y a pas si longtemps.
Qu'elle arrivera à se construire.
Et j'observe alors les fondations de ce pays en devenir. Pourquoi pas après tout. Les gens qui y habitent le méritent tellement. Oui, ils y arriveront. Si seulement les élites se mettent à les aider ou même simplement à les considérer... Si seulement... Soyons optimistes. Observons. Si possible agissons. Mais pas trop vite. Bien, surtout, clairement, et de façon adaptée à leurs moyens.
Pas évident quand on est sensée maintenir un parc informatique avec un courant et des installations électriques instables, quand le moindre adaptateur 7.5V 1A est introuvable à Nouakchott, quand la communication internet n'est pas garantie.
Inévitablement on en arrive à se poser des questions du genre : "Va-t'on dans le bon sens, de la bonne manière ? Ne veut-on pas aller trop vite ? N'y-a-t'il pas des choses plus importantes à faire ?".
Sans doute mais il faut bien commencer quelque part et faire au mieux avec ce qu'on a. Sans oublier de prendre du recul, de s'autocritiquer, de rectifier, de s'ennerver (souvent contre soi-même), de recadrer... Plein de choses à faire, quoi.

Bref j'ai la pèche et c'est un peu grâce à vous. Daniel J., une de mes connaissances si étrange (un noir américain, si si Alain, j'te jure), m'a dit très justement qu'il faut toujours veiller à remercier les gens qui nous apportent, même si il n'en ont pas conscience.
Donc merci à vous tous, n'hésitez pas à réagir (en bien ou en mal bien sûr), et surtout à me donner de vos nouvelles.

A très bientôt,
sandrine