La brousse mauritanienne

La brousse mauritanienne... D'une surface de plus d'un million de km², je ne vous détaillerai pas ici ses magnifiques paysages ; tout au plus aurez-vous quelques photos si vous êtes gentils. Pour plus de supports photographiques et descriptifs de contemplation, 2 solutions : les autres sites (voir la page de liens dans le petit menu ci contre ou procéder à une recherche avec votre moteur préféré) ou... venir goûter vous-même à ces espaces majestueux. Je me concentrerai ici sur la description de ce que j'ai pu voir et sentir de cette brousse, et surtout de la manière dont vivent ses habitants.

D'abord une petite mise en place des contextes de découverte de ce milieu. S'occuper de l'informatique à Caritas n'offre pas seulement la chance de tester ses capacités de persuasion avec des machines subissant les conditions électriques et climatiques nouakchottoises ; ça permet aussi, à l'occasion de sessions de maintenance et de formations utilisateurs, de visiter les projets ruraux. C'est donc dans ce cadre, en tant qu'informaticienne, que j'ai eu quelques occasions, accompagnée de Dioum (mon pauvre collègue qui me supporte toute la journée), d'aller jeter un oeil sur les actions de brousse de notre chère ONG. Occasions de s'immerger dans un autre environnement naturel, un autre mode de vie, ceux d'où viennent tous les mauritaniens désormais citadins à Nouakchott mais dont le coeur et l'esprit restent profondément ancrés dans cet autre monde... Monde dans lequel je vous embarque le temps de cette page ; vous êtes prêts ? Alors allons-y...

La partie de la brousse dont je vous parlerai est celle du sud du pays, dans la zone climatique dite sahélienne : en Mauritanie ce climat difficile est la raison-même du mode de vie nomade de la population peuplant une grande partie du pays. En bref ce qui la caractérise est la faible quantité de pluie et surtout l'imprévisibilité de ses précipitations ponctuelles et plus ou moins importantes ; celles-ci vont de la petite averse vite asséchée par le soleil et le vent à des tempêtes inondantes voire destructrices et mortelles (les premières vraies pluies de cette année 2006 ont fait 7 morts et des centaines de sans-abris). Ces pluies tombent normalement pendant la période d'hivernage, grosso modo entre mi-juillet et mi-septembre.

Troupeau entre dunes et prairiesCes pluies permettent à la nature de se ressourcer, de reverdir, de renaître : les puits se remplissent, les végétaux font leur réapparition, les troupeaux (dromadaires au nord, chèvres et vaches au sud), leurs bergers et leurs familles se déplacent vers les nouveaux pâturages et points d'eau, avec la khaïma (tente nomade traditionnelle) pour domicile. Dans la partie la plus au sud les éleveurs sont sédentaires et la quantité de pluie leur permet de faire des cultures (principalement sorgho, riz et mil). Leurs maisons sont en banco (sorte de glaise faite avec la terre locale, pas très solide et vite érodée par les vents de sables et les fortes pluies).

Culture (jardins de Boufkérine)De plus en plus ce mode de vie sédentaire est adopté dans le nord de la zone ; les tribus nomades tendent à se fixer près des villages et des routes, non loin des points d'eau et des activités leur permettant d'améliorer leurs conditions de vie (périmètres de cultures, cases de santé), voire d'avoir un revenu minimal (boutiques, ateliers de réalisation de grillage) ; ce genre de projets est d'ailleurs largement soutenu par les associations ou autres organisations internationales (dont Caritas), qui financent la construction des puits et la mise en place des activités (construction des boutiques et des clôtures), et pratiquent des taux d'intérêt nuls ou symboliques.

Barrage (Gargha)Puits (Salihou)Que ce soit dans les villages sédentaires ou pour les nouveaux villages issus des tribus nomades, le principal problème de ces populations est l'eau ; parce qu'elle manque cruellement quand elle ne tombe pas et gêne voire détruit quand elle arrive enfin. Des barrages et des puits permettent de gérer au mieux le peu qui tombe mais les infrastructures existantes sont encore largement insuffisantes pour les besoins de la population et la quantité que réclame une terre asséchée le restant de l'année pour faire pousser des récoltes. Récoltes qui ont d'ailleurs bien du mal à être rentables à long terme ; l'alimentation de la population est certes grandement améliorée mais de là à pouvoir tirer suffisamment de bénéfices pour entretenir le matériel et les clôtures...

MarigotConcernant les effets négatifs des pluies, hors les problèmes de destruction des habitations trop fragiles, c'est surtout l'augmentation de l'enclavement des villages qui est gênant ; des marigots de plusieurs dizaines de kilomètres bloquent les pistes reliant les villages, et ce parfois pendant plusieurs semaines dans les coins les moins accessibles. Ces marigots sont des étendues sableuses ou argileuses, qui sont, pendant la plus grande partie de l'année, asséchées, et qui se remplissent à la saison des pluies, encerclant certains villages qui se retrouvent pour certains coupés du monde. Nous avons par exemple mis une après-midi pour atteindre un village qui est habituellement atteignable en à peine 1 heure ; conduite prudente en terrain accidenté, arrêt et tâtement (???? ça se dit ça ?) du terrain à chaque passage potentiellement pratiquable... Les chauffeurs des ONG (généralement des mauritaniens de la région connaissant le terrain comme leurs poches) ne s'ennuient pas pendant cette période ! Plus sérieusement ce manque d'infrastructures routières et de moyens de communication est aussi un des freins au développement du pays ; tout est difficile dans ces régions, le moindre problème technique peut arrêter les activités pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.

... Je voulais vous parler de la brousse et voilà que je me concentre sur les problèmes des populations qui l'habitent... Vu le contexte de découverte de la région (visites de projets de développement) j'espère que vous me pardonnerez l'orientation de ce point de vue. J'aimerais quand même vous faire passer quelques éléments positifs, histoire de vous donner envie de vous aventurer un jour dans ces régions magnifiques, tant du point de vue des paysages que de la population (c'était quand même ma motivation première pour me lancer dans l'écriture de cette page, si si, je vous assure...). Mais je vais avoir bien du mal à décrire ce qui m'a profondément plu dans ces expériences ; les nuits sous les étoiles, les repas en "famille" (Caritas ou villages accueillants), l'admiration des  défilés de paysages (plaines arides, marigots, dunes orangées, roches noires, oueds, ...), les contacts avec les gens sédentaires ou nomades encore si près et dépendants de la nature, l'observation d'un vent de sable rouge, l'étonnement devant tant de bestioles diverses et variées (scorpions, criquets, autres étrangetés inqualifiables), la découverte d'autres cadres naturels et modes de vie, l'étrange sensation procurée par les rencontres humaines, mélanges d'incompréhension et de respect mutuel...

Voilà, je m'empresse de saisir l'occasion trois-petits-pointillée de ce mystère qui nous unit tous on ne sait pas trop comment ni pourquoi, pour vous abandonner à des rêveries que j'espère avoir pu susciter. Avec l'aide de quelques photos, peut-être ? Si vous êtes arrivés au bout de ce descriptif vous les avez bien méritées... SalihouSalihouVent de sable (Magta Lahjar)Vent de sable (Magta Lahjar)